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10 questions à Jean-Louis Caffier: « Et cette envie de chacun peut renverser des montagnes. »

image jean louisInterview – Jean-Louis Caffier est journaliste, spécialisé sur les questions liées au développement durable. Précurseur sur le sujet, animateur de talent ayant interviewé de nombreuses personnalités emblématiques de la transition, il fait partie de ces professionnels à la curiosité créatrice qui rendent possible le dialogue sur nos enjeux de société et l’émergence de solutions d’avenir. Pamplemousse a eu une furieuse envie de vous faire connaître ce touche-à-tout inspirant, nécessairement réaliste et toujours positif et de discuter du rôle du journaliste dans l’impulsion du changement. Une voix à suivre !

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1.

Comment décrivez-vous votre job ?

Je suis un « passeur », une sorte d’intermédiaire entre des informations, ceux qui les font ou les portent et un public divers et varié, très ou pas du tout intéressé par les questions liées au développement durable et à l’environnement au sens large.

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2.

Et en quoi cela consiste-t-il ? Quel type de média(s) utilisez-vous?

Côté médias « traditionnels », j’ai principalement travaillé pour des chaînes d’information en continu. Après France Info et LCI, je suis désormais consultant environnement pour BFM TV. Je donne et surtout anime de nombreuses conférences et des colloques, ce qui est aujourd’hui mon activité principale. J’utilise parfois Linkedin et de temps en temps mon blog. J’ai monté il y a 12 ans avec le climatologue Hervé le Treut et l’ingénieur Jean-Marc Jancovici une association, EnclHume (Energie-climat-humanité-médias), qui invite chaque hiver une trentaine de journalistes à passer un week-end à la montagne pour se former sur les bases du couple climat-énergie. Je donne également des cours à l’Institut Européen du Journalisme à Paris. Je préside enfin l’association Années Lumières dans le Loiret qui organise des bars de sciences à Briare.

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3.

Comment devient-on  journaliste en développement durable ? Quelle est la « meilleure école »?

Je m’intéressais depuis longtemps au domaine scientifique. J’ai découvert la problématique du climat au moment de la création du GIEC, des COP et des premiers livres sur la question. Je me suis dit à l’époque que si les perspectives liées au climat se confirmaient, le sujet allait devenir dominant et aurait des conséquences sur toutes les activités humaines. C’est comme cela que je me suis intéressé au développement durable avec une attirance particulière pour l’environnement. La meilleure école à mon sens, en plus du travail évidemment, c’est l’ouverture totale. J’ai eu la chance de pouvoir très tôt traiter la question avec tous les acteurs, scientifiques, ingénieurs, associations, syndicats, entreprises et avec la possibilité de leur donner la parole. On sait que le DD, c’est l’économie, le social et l’environnement au même niveau et c’est pour cela d’ailleurs que c’est si difficile à appliquer. Il faut donc susciter des consensus (pas trop mous si possible !) et pour cela il faut écouter tout le monde. C’est ce que je tente de faire.

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4.

Le travail que vous faites semble essentiel à l’avancement des sujets de développement durable et à leur promotion. Etes-vous (assez) nombreux à le faire ?

Nous ne sommes vraiment pas nombreux. La plupart du temps, mes confrères et consoeurs concernés par le sujet ne traitent jamais en réalité le développement durable mais séparent les éléments, entre économie et environnement notamment. Exemple, quand un média parle de « bons chiffres » pour l’automobile, c’est parce que les ventes ont augmenté. Point. Est-ce que ces « bons chiffres de l’automobile » sont bons pour l’environnement, personne ne pose la question. Moi oui, mais bon ! Le pacte écologique de Nicolas Hulot proposait la création d’un poste de vice premier ministre chargé du développement durable. Il faudrait un poste équivalent dans les rédactions. On en est très loin.

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5.

En tant que passionné, qu’est-ce qui vous plait le plus dans les missions que vous menez ? Des exemples savoureux?

Ce qui me plait le plus, c’est franchement de constater qu’après des années et des années pour essayer de convaincre, ça bouge enfin. Pas du tout assez, c’est clair, mais enfin, ça va dans le bon sens. Il faut imaginer qu’il y a 20 ans, les journalistes qui parlaient d’environnement passaient au mieux pour des clowns un peu dérangés, au pire pour de vrais emmerdeurs. Une idée commence à germer : le durable, ce n’est pas une punition, c’est l’imagination, l’innovation, physique et comportementale, la création, la solidarité.
Exemple savoureux : quand j’ai proposé à un de mes anciens patrons de m’occuper à plein temps d’environnement, il m’a dit dans son langage coloré : « je n’ai pas d’argent à te filer à t’occuper que de ces conneries ». On s’est quitté en bons termes. Je sais qu’aujourd’hui, il sait que j’avais raison.

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6.

Quelles sont selon vous les qualités essentielles pour mener à bien ce type de missions ?

La patience, l’humilité et la motivation pour ne pas laisser un monde ingérable à mes futurs petits enfants.

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7.

Quel sont les gens et projets qui vous motivent parce qu’ils font avancer les choses ?

Il y en a dans tous les secteurs mais je place les chercheurs et les scientifiques au dessus. Ils nous aident à mieux comprendre la planète, élément essentiel si on veut la garder dans un état acceptable et gérable, ce qui n’est pas garanti aujourd’hui. Il y a bien trop peu de scientifiques dans le milieu politique qui manque forcément de recul et de hauteur (au niveau national).

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8.

Pensez vous que les jeunes aient un rôle clé à jouer dans la prise en compte des problématiques environnementales par les entreprises et les municipalités françaises ?

Je crains que les jeunes n’héritent d’un monde difficile. Et je ne parle même pas de géopolitique mais simplement d’environnement. Car c’est bien beau de parler de tout cela depuis longtemps, mais globalement, la dégradation continue : climat, biodiversité, pollutions, et j’en passe, force est de constater que la tendance lourde est toujours la même. Alors, c’est un peu difficile de dire aux jeunes de faire ce que ma génération n’a pas fait. Et pourtant, je pense qu’il n’y a pas d’autre solution que de profondément changer notre manière de vivre et de faire. C’est tout un système qu’il faut redessiner. Les jeunes peuvent s’y préparer en amenant de l’envie et du plaisir.

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9.

Comment la Cop 21 a-t-elle influencé votre travail depuis un an ?

La COP a été présente dans quasiment tout ce que j’ai fait depuis un an. Les choses se sont bien tassées en début d’année et j’ai eu peur de revivre l’après Copenhague : il ne s’était plus rien passé après. Mais depuis peu, le sujet revient. Même si les résultats de cette COP me paraissent nettement insuffisants, je suis de nouveau sollicité pour des interventions liées d’avantage à l’adaptation et à la transition.

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10.

De par votre curiosité, vous avez une vision à 360° sur les sujets du durable. Selon vous, quels sont ceux qui mobiliseront le plus la France dans les années qui viennent ?

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Je pense que le vrai sujet qui devrait s’affirmer, c’est la proximité, autrement dit la volonté d’être acteur du changement. C’est vrai notamment pour les citoyens-consommateurs et pour les collectivités locales. L’alimentation, l’énergie entre autres deviennent des sujets locaux ce qui est nouveau. Chacun doit faire sa part selon la stratégie du colibri mais ce qui est en train de changer, c’est que l’envie progresse. Et cette envie de chacun peut renverser des montagnes. Regardons comme l’économie de partage est en train de casser des vieux modèles que l’on croyait éternels. Il y a donc encore de l’espoir, mais il ne faut pas traîner.

Retrouvez les conférences et colloques animées par Jean-Louis sur son blog Kafcom.

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