10 questions à Nathalie Machon : « Les villes sont les seuls espaces où la biodiversité est actuellement plutôt en augmentation. »

Interview – Nathalie est scientifique, écologue* et travaille au Muséum d’Histoire Naturelle de Paris. Il y  a quelques mois, elle passionnait les auditeurs des Savanturiers France Inter avec son intervention sur la nature dans la ville. Son guide illustré des plantes sauvages des villes de France, « sauvages de ma rue » est en cours de réédition suite à son succès auprès des passionnés de biodiversité cachée, professionnels et amateurs. Nous l’avons rencontrée dans les bureaux bucoliques du Muséum qui se révèlent au milieu d’un dédale de plantes et d’arbres aux accents merveilleux.  Nous voulions vous faire partager l’énergie et le dynamisme de Nathalie qui dépoussière en un clin d’œil malicieux le terme de biodiversité et nous dévoile avec un entrain pamplemoussien les coulisses de la flore urbaine.

*écologue : Le métier d’écologue consiste à étudier les relations entre les organismes et le monde environnant. Source : Futura Planète

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1.

Vous vous intéressez à l’écologie urbaine et vous étudiez particulièrement les espèces de plantes présentes en milieu urbain. Étudier la nature en ville, n’est-ce pas antagoniste ? Et d’ailleurs, comment devient-on spécialiste de l’écologie urbaine ?

Les besoins de nature sont certainement plus intenses en ville qu’à la campagne. Étudier la nature en ville est effectivement moins facile et agréable qu’étudier la nature en milieu naturel. Mais les retombées pour nos concitoyens sont autrement importantes car elles concernent le quotidien de beaucoup de monde. On devient spécialiste d’écologie urbaine après avoir étudié l’écologie en général et avoir eu envie de confronter les théories au milieu urbain. 

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2.

Pourquoi est-ce si important de recenser et de maintenir la biodiversité, pour les ruraux comme pour les urbains ?

Recencer, c’est pour connaître et étudier les mécanismes qui permettent à telle ou telle espèce de vivre en ville ou à la campagne,  et dans quelles conditions. Maintenir, il y a de nombreuses raisons qui vont de l’utilitaire à l’éthique. Pour ce qui est de l’utilitaire, les espèces jouent un rôle dans l’écosystème urbain et interagissent entre elles. De ces interactions résultent des services qu’elles fournissent aux sociétés humaines : améliorer la qualité de l’air, de l’eau et du sol, pour tempérer les vagues de chaleur, éviter les pullulations d’espèces indésirables, agrémenter le cadre de vie des citadins… pour ce qui est de la ville, rendre les sols cultivables, polliniser les espèces maraîchères, fournir de l’eau de bonne qualité, tempérer les accidents climatiques…

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Les services écosystèmiques : des services urbains méconnus.

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3.

Êtes-vous personnellement préoccupée par une diminution de la variété des espèces de plantes?

A l’échelle du monde entier, la réduction des espèces végétales est très préoccupante par son ampleur. A l’échelle de la France, nous ne perdons pas beaucoup d’espèces mais à l’échelle de chaque écosystème, le nombre s’appauvrit ce qui entraîne des dysfonctionnements et donc des services écosystémiques beaucoup moins efficaces. Ce constat me préoccupe.
Les villes sont les seuls espaces où la biodiversité est actuellement plutôt en augmentation. Ce constat fait suite aux coupes drastiques dans les finances des collectivités territoriales qui ont dû alléger leurs pratiques de gestion de la biodiversité, ainsi qu’à l’abandon progressif des produits phytosanitaires dans les espaces publics.

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4.

Votre livre, sauvages de ma rue, vient d’être réédité et une application lancée. Pouvez-vous nous raconter la genèse de ce véritable guide d’identification des plantes pour novices ?sauvages-de-ma-rue

Lorsque le laboratoire s’est lancé dans la recherche en écologie urbaine, il a été nécéssaire d’établir une liste des plantes les plus fréquemment rencontrées en ville, et de faire leur description pour que nos stagiaires soient rapidement efficaces pour du travail de terrain. Ce matériau a assez facilement débouché à la fois sur la publication du livre et sur un projet participatif avec implication du grand public pour rendre compte des plantes qui poussent sur les trottoirs.

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5.

Quelles sont, selon vous, les villes françaises qui sont le plus en avance dans le recensement de leur biodiversité et comment procèdent-elles pour effectuer ce recensement d’un nombre de plantes qu’on imagine important?

Je ne connais que les données sur les villes qui participent à « sauvages de ma rue ». Je n’ai pas encore analysé les données 2016 mais jusqu’alors ce sont les villes d’Angers, Nantes, Brest, Strasbourg, Grenoble, Paris, Aix en Provence, Antibes qui ont envoyé le plus de données. Cela correspond aux villes où des relais locaux (associations, collectivités…) prennent en charge la collecte des données en encadrant des bénévoles.

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Une résidence pour insectes dans le 7e arrondissement de Paris. 

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6.

De votre point de vue d’écologue, quelles sont les actions nécessaires pour restaurer des espèces au cœur de la ville ? Pouvez-vous nous citer des exemples d’initiatives intéressantes en faveur de la biodiversité, à Paris et en France ?

Il faut accorder des espaces à la végétation, végétaliser les bâtiments par exemple et faire de grands espaces verts. Il faut exercer une gestion douce sans pesticides. Il faut enfin favoriser les corridors entre espaces verts. Si la population humaine est sensibilisée, les actions sont mieux comprises et acceptées et la biodiversité mieux traitée.

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7.

Quels sont selon vous les facteurs clé qui mènent une collectivité à s’intéresser au sujet de sa biodiversité et à mener des actions en faveur de la restauration/conservation?

À mon avis, ce sont les habitants ou les associations qui peuvent mobiliser les politiques sur ces enjeux. Ou alors des catastrophes environnementales (canicules ou inondations par exemple) qui démontrent l’intérêt de se préoccuper de la biodiversité.

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Paris inondée, juin 2016.

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8.

Les citoyens de tous âges peuvent-ils être associés à cette démarche, ou même l’initier, comme ce fut le cas à Totnes, en Angleterre ?

C’est dans l’enfance que s’acquièrent le plus durablement les bons comportements. C’est aussi par l’éducation que l’on peut faire connaître ce que découvrent les chercheurs en matière d’environnement et de préservation de la biodiversité.

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9.

Quelles sont les espèces les plus surprenantes que vous ayez vues à Paris jusqu’à maintenant, lors de vos véritables enquêtes sur la biodiversité?

Les espèces qui poussent à Paris sont assez « banales ». Les surprises sont plutôt la confrontation entre plantes et éléments du mobilier urbain. Voir des tomates pousser dans une fissure de bitume est toujours cocasse parce qu’inattendu. On a aussi trouvé des petites orchidées sauvages sur les trottoirs de Viroflay. Une belle surprise pour les habitants.

Végétalisation cocasse.

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10.

Pour les néophytes, où conseilleriez-vous de mener les premières expéditions d’observation des plantes « sauvages de nos rues » ?

C’est dans les quartiers bien pourvus en espaces verts de toutes sortes, et où les services des villes sont les moins interventionnistes que l’on trouve le plus d’espèces spectaculaires.

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Actions

1 – Découvrez l’écologie urbaine dans l’émission France Inter de Janvier 2016.

2 – Devenez citoyens scientifiques et enquêteurs de biodiversité. Téléchargez sauvages de ma rue et envoyez des données sur votre quartier au Muséum d’Histoire Naturelle.

 

Une réflexion sur “10 questions à Nathalie Machon : « Les villes sont les seuls espaces où la biodiversité est actuellement plutôt en augmentation. »

  1. florence lizé dit :

    Pamplemousse, qui n’a pas les yeux dans sa poche et c’est tant mieux pour nous, nous apprend à ouvrir les nôtres, à regarder par terre et en l’air, à comprendre l’importance des interactions végétales, à repenser la ville, et bien d’autres choses encore. Sensible à la nature, elle nous sensibilise aux dangers de son déséquilibre.
    On ne peut que la remercier.
    Flo-Chris

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