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12 questions à Wassim CHELFI : « Pourquoi ne pas détourner la start-up pour qu’elle soit aussi génératrice de sens ? »

wassim_chelfi_300_300C’est au SenseCube, l’incubateur des entreprises sociales et solidaires, que nous entendons parler d’UPCYCLY pour la première fois : on sait que l’activité tourne autour de l’ESS*, du circulaire, du DIY**, du collaboratif, de l’upcycling*** bien sûr ; on ne sait pas encore bien ce que fait l’entreprise de Wassim mais on sent bien que c’est unique. Et puis l’on découvre les créations inspirées d’UPCYCLY et l’on apprend que la start-up a réussi à relever de nombreux challenges en une seule offre de services : permettre à des employés de bricoler sur leur lieu de travail, organiser la valorisation des déchets par les citoyens dans les territoires, végétaliser des coins de villes, allier esthétisme et solutions environnementales, permettre le développement personnel des petits franciliens et créer de mini-festivals de construction collaborative.

Mais comment Wassim CHELFI a-t-il fait ? C’est ce que nous avons cherché à découvrir en 12 questions.

1. Que faites-vous concrètement chez UPCYCLY ? 
2.Quelle est la valeur ajoutée d’UPCYCLY par rapport à un IKEA par exemple ?
3.Quel est l’impact attendu de votre activité sur le territoire ?
4.Quelles sont vos réalisations les plus emblématiques ?
5.Quelle est la force des formats « ateliers de créativité » et « événements collaboratifs » ?
6.Comment vous est venue l’idée de cette activité innovante ?
7.Etes-vous d’accord pour dire qu’il y a toujours un peu d’incrémental dans les démarches de création et d’innovation ?
8.A ce propos, quels sont les modèles, les inspirations, les rêves qui ont fait d’UPCYCLY ce qu’elle est aujourd’hui ?
9.En quoi une ESS diffère-t-elle d’une start-up classique et comment les contraintes de rapidité propres au modèle start-up est-il compatible avec l’efficacité de long terme visée par les ESS ?
10.Vos clients sont-ils sensibles aux enjeux sociétaux auxquels vous tentez de répondre ou est-ce l’effet de mode qui les mène à faire le choix du collaboratif et du circulaire ?
 11.Quels sont les conseils et les encouragements que vous donneriez à ceux qui rêvent de se lancer sans avoir encore passé le pas ?
12.Quelles sont vos ambitions pour UPCYCLY et vos besoins pour y arriver ?

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1.

Bonjour Wassim ! Pour commencer, que faites-vous concrètement au sein d’UPCYCLY ?

Nous détournons le bois des palettes mises au rebus afin de fabriquer collectivement des installations, meubles ou objets à haute valeur ajoutée. Toutes nos solutions favorisent soit la biodiversité en ville, soit le bien-être et la productivité au travail. Concrètement, ces détournements ont lieux sous deux formes : les Upcycly Fests, qui sont des événements grand public, gratuits et ouverts, où nous ramenons la matière, les savoir-faire, l’encadrement pour aider les gens à construire leur mobilier.

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Et puis nous intervenons par ailleurs en entreprises où nous organisons l’aménagement en team building des espaces de travail. On fait des séances de brainstorming avec les différents bénéficiaires des lieux (salariés, direction, services généraux et autre) pour imaginer de nouveaux aménagements possibles que l’on modélise en temps réel et en 3D, suite à quoi les mobiliers en kit sont préparés dans nos ateliers pour la phase d’assemblage, de finitions et de mise en place définitive du lieu avec l’ensemble des protagonistes. On essaye ainsi d’impliquer les bénéficiaires de la phase de conception à la réalisation.

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2.

Quelle est la valeur ajoutée d’UPCYCLY, par rapport à IKEA par exemple ?

La vraie valeur que l’on apporte à travers ces services, outre l’unicité des meubles eux-mêmes et l’authenticité du bois de palette, c’est de permettre aux salariés de mieux s’approprier leur espace de travail en le co-construisant. Le team building permet de créer une vraie énergie dans le lieu qui s’enrichit d’une histoire, d’une âme et le tout en utilisant des matériaux responsables ou en végétalisant un maximum pour avoir un impact responsable conséquent sur le territoire, sa propreté, sa circularité et sa biodiversité.

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3.

Justement, quel est l’impact attendu de votre activité sur le territoire ?

Avec les Upcycly Fests, nous sommes catalyseur d’initiatives citoyennes de revalorisation des déchets à l’échelle locale. On crée l’implication dans le cadre de vie des communautés de riverains, voisins, adhérents d’associations qui se réunissent pour végétaliser une rue, construire des bancs, des sculptures, des jardinières, des compostes.

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Les participants apprennent comment démonter une palette, récupérer le bois, comment construire, comment scier, comment visser. Et à partir de là ils sont assez autonomes pour agir par eux-même. Ils nous disent : « la prochaine fois, on saura comment faire car vous nous avez montré ». Donc on permet aussi à l’économie circulaire d’être abordable, pratique et ludique pour Monsieur et Madame tout le monde.

Quantitativement, depuis 2015, on a organisé plus de 40 événements, comptant entre 15 et 200 personnes. Plus de 40 tonnes de bois et de déchets ont été réutilisés et plus de 10 000 personnes sensibilisés à l’upcycling en Ile-de-France.

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4.

Quelles sont vos réalisations les plus emblématiques ?

Sans hésiter l’aménagement de l’espace incubateur d’Unibail-Rodamco, The Mixer, où nous avons pris en charge plus de 700m2. Le résultat est fabuleux, nous en sommes très fiers : on a introduit un mix atypique de bois de palette et de végétal, un mélange naturel et responsable qui donne du cachet à ce lieu d’innovation pour éviter le bureau impersonnel. Nous avons en effet créé des rivières végétales au milieu des bureaux pour que les plantes soient à portée de vue des salariés.

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L’espace The Mixer d’Unibail Rodamco

L’aménagement collectif de Chez Foucher Mère et Fille, une cantine du le 18e arrondissement de Paris a également connu un grand succès. Les propriétaires des lieux étaient impliqués mais également des riverains, des voisins et autre acteurs de la communauté. Ça a donné une résonance folle à ce lieu. Le jour où ils ont ouvert, ils s’attendaient à faire 30 à 40 couverts, ils en ont fait plus de 120. Notre apport au territoire dans ce cas est immatériel : il met en valeur les initiatives qui ont du sens et y ajoute du collaboratif.

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Chez Foucher, Mère et Fille. Paris, 18e.

 

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5.

Quelle est la force de ces formats « ateliers de créativité » et « événements collaboratifs » ?

L’idée première c’est d’intégrer les besoins et aspirations des gens qui seront amenés à habiter les lieux, qu’ils aient accès à la décision. Ensuite, c’est un moyen de prendre en compte les besoins des générations Y, Z et C qui ont de plus en plus besoin d’être acteurs de leur lieu de travail et d’évoluer dans des environnements atypiques.

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On leur permet de s’impliquer dans leur nouveau job via leur environnement direct. Quant aux événements collaboratifs, ils permettent la création de lien social mais également un dépassement collectif : les gens viennent en disant «  Je ne sais pas bricoler » mais quand ils voient que tout le monde s’y met, ils passent à l’action, ils apprennent et ils progressent. Ces formes de co-construction de groupe permettent de formidables déclics personnels car elles sont moins théoriques, plus accessibles aux personnes sans qualifications qui veulent avoir un rôle pratique dans le développement durable.

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6.

Comment vous est venue l’idée de cette activité innovante qui séduit autant les acteurs publics que privés ? Ça a commencé comment ?

L’idée a germé en 2013, je sortais de ma station de métro Croix de Chavaux à Montreuil, c’était la fin du marché et il y avait d’un côté des piles de palette et de l’autre côté des SDF, le tout dans un environnement ultra-urbanisé. Au début c’était une question un peu théorique : comment faire pour que la matière palette réponde aux besoins de la société avec comme impact de fond de reverdir la ville en créant des points végétaux ? Puis j’ai eu mon deuxième enfant et j’ai eu besoin de partager avec les nouvelles générations des savoir-faire, de transmettre et de développer leur côté débrouille. J’ai commencé à faire de petits ateliers à destination des enfants du quartier pour construire des palettes végétalisées ou des jardinières et j’ai très vite été sollicité par la Mairie de Montreuil.

Puis je me suis rendu compte que seule mon équipe était à l’œuvre tandis que les autres étaient spectateurs. Alors pour avoir un modèle reproductible et facilement essaimable, on a changé de paradigme et décidé d’impliquer les gens dans la réalisation. On est passés de « faire » à « permettre de faire » pour multiplier l’impact que l’on peut avoir à travers la revalorisation des déchets.

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7.

Etes-vous d’accord pour dire qu’il y a toujours un peu d’incrémental dans les démarches de création et d’innovation ?

Tout à fait, selon moi, on ne crée rien de zéro, on s’inspire de ce qui se fait ailleurs, on l’adapte à un nouveau besoin et c’est cela qui permet de créer quelque chose d’innovant. L’essence de la créativité c’est d’arriver à connecter des idées de différents milieux qui n’ont aucun lien apparent mais qui, une fois adaptées et testées, donnent de nouvelles solutions. L’innovation c’est une construction en brique : chacun rajoute sa brique à une œuvre déjà existante, car on ne peut pas se défaire de l’héritage qu’il soit culturel, technique ou scientifique.

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8.

A ce propos, quels sont les modèles, les inspirations, les rêves qui ont fait d’UPCYCLY ce qu’elle est aujourd’hui ?

Le monde des start up m’attirait depuis 2008, j’ai suivi la montée en puissance des premiers meetups, des premiers Startup cafés et cette énergie m’a vraiment inspiré.

Le réseau OuiShare a connu une croissance fulgurante en utilisant l’ensemble des possibilités à disposition d’une jeune structure : la mise en réseau, la création de communautés, le développement rapide dans différentes villes du monde.

En termes de structures, l’association Les Filles du Facteur est un exemple de créativité et de débrouillardise : elles permettent à des femmes burkinabées en situation de handicap de fabriquer des objets mode et déco au crochet, à partir de sacs plastiques recyclés, et qui sont ensuite commercialisées par de grandes marques françaises.

Recycsacplastique

Source : www.fillesdufacteur.org

Ou encore Terracycle. Le fondateur-étudiant Tom Szaky s’est rendu compte que les déchets de cantine sont une matière première disponible en forte quantité et peu onéreuse à partir de laquelle les vers de terre peuvent produire de l’engrais. Rapidement il a réussi à développer toute une gamme de produits à partir des pratiques de valorisation des déchets et embarqué de grandes enseignes comme Walmart.

Et puis il y a Boyan Slat qui a fait des prototypes de stations de tri pour éliminer les océans de plastique. A 17 ans, il a inondé tout le monde de mails, les scientifiques les plus renommés, il n’a pas hésité à relancer, à y croire et il avance à force de persévérance et de résilience, malgré les champs d’amélioration et les problématiques de faisabilité propres à ce genre de projet.

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9.

En quoi une ESS diffère-t-elle d’une start-up classique et comment les contraintes de rapidité et de rentabilité trimestrielle propres au modèle start-up est-il compatible avec l’efficacité de long terme visée par les ESS ?

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Au SenseCube Paris

Dans l’EES, l’activité économique doit répondre à un besoin réel non adressé et doit profiter d’une manière ou d’une autre à une cause sociétale, environnementale, alimentaire, sans pour autant perdre de vue l’objectif de création de valeur économique. Au-delà de cette définition, pour moi, le vrai rôle de l’ESS, c’est d’enchanter le monde. De créer quelque chose qui respire la joie et l’optimisme. Pour y parvenir, l’ESS peut s’inspirer énormément de la start up en tant que super machine pour générer du cash : pourquoi ne pas détourner la start up pour qu’elle soit aussi génératrice de sens ? Les changements récents dans la vie de nos concitoyens n’ont pas une origine politique, ce sont les start ups qui ont créé de nouvelles manières de vivre et, selon moi, c’est aujourd’hui le moyen le plus efficace de changer le monde.

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10.

Vos clients sont-ils sensibles aux enjeux sociétaux auxquels vous tentez de répondre ou est-ce l’effet de mode qui leur font faire le choix du collaboratif et du circulaire ?

Peut-être qu’à un moment c’était un effet de mode, du green washing comme on dit, mais aujourd’hui on sent une véritable implication des grandes structures dans l’amélioration de l’état global de la société. Cependant, pour que les entreprises aillent plus loin, il faut absolument que cet engagement se traduise par un impact sur le chiffre d’affaires, c’est là que tout se joue. Comment faire en sorte que les intérêts économiques, sociaux et environnementaux convergent ? On est au cœur de la problématique du développement durable et des questionnements des ESS. Quant aux individus, au-delà de la sensibilisation, ils ont maintenant besoin de passer à l’action sur le terrain, de s’approprier les problèmes et de les résoudre. Il faut donc proposer des initiatives qui impliquent les citoyens dans les changements positifs.

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11.

Par le passé, vous étiez informaticien chez Accenture, puis père au foyer freelance. On a l’impression que vous avez construit une belle entreprise hors-normes en repartant de zéro. Quels sont les conseils et les encouragements que vous donneriez à ceux qui rêvent de se lancer sans avoir passé le pas ?

D’abord, ne pas avoir peur d’être le premier à détecter un problème et de s’atteler à le résoudre. Personne n’a la même sensibilité ou la même vision que vous, il ne faut pas hésiter à traiter les sujets avec son propre point de vue, son expérience. Un autre point fondamental, c’est d’utiliser des formules innovantes pour se rémunérer : travailler en freelance, utiliser des compétences diverses, pratiquer le bootstrapping**** qui est bien un process de start up et qui consiste à avoir différentes activités en parallèle pour autofinancer votre projet. La plus belle preuve de la réussite de votre concept, c’est qu’il vous permette de vous rémunérer.

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12.

Quelles sont vos ambitions pour UPCYCLY et vos besoins pour y arriver ?

Pour 2017, l’objectif principal est de changer le cadre de travail de l’entreprise, le rendre plus humain ; bâtir l’environnement de travail pour qu’il intègre les aspirations des salariés et favorise le bien-être, la collaboration, la créativité. Pour y arriver, nous avons besoin de partenaires, de structures qui veulent être les premières à s’approprier le changement en étant à l’écoute de leurs salariés et des citoyens sur leurs territoires. Avec toutes les retombées positives qui en découlent.

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L’espace salon-bibliothèque de The Mixer, Unibail Rodamco

*L’économie sociale et solidaire (ESS) rassemble les entreprises qui cherchent à concilier solidarité, performances économiques et utilité sociale.
**Do It Yourself : mouvement culturel et attitude de consommation qui consiste à fabriquer soi-même, souvent de façon artisanale, ses objets de la vie courante
***Upcycling : pratique qui consiste à transformer les déchets en matériaux ou produit de valeur (environnementale ou d’usage) supérieure
****Bootstrapper désigne le fait de se débrouiller par ses propres ressources et les flux de capital générés par son business pour financer son lancement et/ou son développement (définition 1001 startups).

Une réflexion sur “12 questions à Wassim CHELFI : « Pourquoi ne pas détourner la start-up pour qu’elle soit aussi génératrice de sens ? »

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