photo-1458891216473-4f26bb4eb40e

Happy Earthday to You

Chers amis,

Le saviez-vous ? Aujourd’hui, nous célébrons la journée de la Terre nourricière. Eh bien oui, tout comme les droits des femmes, la paix ou la protection des données, notre planète a gagné son jour en 1970, intégrant ainsi la liste VIP des sujets importants et des causes fondamentales à défendre selon l’ONU . Une consécration ? Si l’on veut, mais reste à se demander si tenir la vedette chez Google Search pendant 24h sur les 8760 que comptent une année est vraiment une bonne nouvelle pour la planète – et donc pour nous.

La traditionnelle représentation de l'ours blanc sur sa banquise, version Google 2016

La traditionnelle représentation de l’ours blanc sur sa banquise, version Google 2016

Gagner son jour de gloire dans le calendrier grégorien- lui-même établi sur la base des cycles solaires – est à double tranchant. Ce jour dédié est une façon de rendre hommage, de vénérer ou de fêter à l’échelle mondiale « un aspect important de la vie humaine » auquel l’ONU accorde de l’importance compte tenu des valeurs qu’elle prône. Mais à y regarder de plus près, la Planète se retrouve parmi des co-listiers de mauvaise augure, des groupes ou enjeux minoritaires, ceux dont ont parle rarement ou dont on parle souvent sans pour autant réussir à asseoir durablement leur valeur, ceux enfin pour lesquels on considère que 24h de publicité sont nécessaires pour compenser 364 jours d’indifférence majoritaire de la part des sociétés et citoyens.

Il est significatif et inquiétant que l’ONU ait besoin de placer la Terre nourricière dans la VIP liste des choses importantes pour l’homme, des enjeux auxquels penser ou à célébrer « au moins » un jour par an. C’est ironique aussi. Car enfin la Terre, ou la Planète, n’est-ce pas notre environnement de tous les jours et de tous les temps, l’incarnation de l’omniprésent et du quotidien de tous, l’origine de nos ressources fossiles et renouvelables, notre habitat au sens large partagé avec d’autres espèce indispensables à notre survie ?

Un renard dans une forêt magique loin des humains

Un renard dans une forêt magique loin des humains

Dès lors, célébrer la Terre le 22 avril à grand renfort de visuels nature photoshopés revient à placer sur son frigo le post-it par ailleurs fort raisonnable : « Penser à survivre », comme on placerait dans la tristesse un « Penser à manger » ou un « Penser à prendre ses médicaments » sur le frigo d’un proche malade atteint d’Alzheimer.

Survie loin de tes priorités, anxiété à la clé

C’est là que se situe tout le problème. Nous mangeons, nous nous déplaçons, nous aménageons nos lieux de vie en recherchant à la fois ce qui est le plus commode, pratique, rapide et ce qui est le meilleur ou le plus beau. A ces deux critères de satisfaction sensorielle et de commodité se rajoute un troisième qui est celui du prix et donc du volume, l’idée étant d’obtenir le plus possible à moindre coût dans l’idée de pouvoir obtenir PLUS dans le futur.

Et puis à côté, souvent a posteriori, systématiquement à la marge, nous nous posons la question : « Au fait, était-ce bon pour l’environnement, pour la nature, pour le vert, pour le green, enfin on s’entend quoi ? » – comme si une couleur pouvait à elle seule encapsuler la richesse d’une terre qui fonctionne au bleu-vert-gris de l’océan, aux orangers du soleil, au marron-noir de la terre, au vert des plantes chlorophylliennes, au rouge des coccinelles pollinisatrices, aux faisceaux violets d’avant l’invisible des ultras. Mais la question, nous nous la posons bel et bien. Dans une crise de conscience passagère mêlée d’une culpabilité qui provient de notre instinct du « contre-nature », nous nous précipitons sur le paquet et lorsque la marque consommée nous garantie  « 10% des produits de la gamme reversés au Pur Project pour planter des arbres », nous exultons.« Ouuuuf, quel citoyen modèle je suis tout de même, je savais bien qu’il ne fallait pas m’inquiéter ! ». Jusqu’à la prochaine fois, jusqu’à la prochaine consommation, jusqu’à la c(p)rise de conscience fatigante tant pour notre cerveau que pour notre cœur.

L’humain malgré lui

photo-1445357715217-0b01ff0a17cf

Le coeur et les poumons

Le plus curieux, c’est que beaucoup d’individus des pays développés, individuellement et dans l’intimité , avouent être sensibles à « la nature » entendue comme un univers végétal, riche, merveilleux, lointains et préoccupés par la diminution des ressources naturelles qui finira bientôt par impacter leur business. Beaucoup associent cette nature perdue à l’enfance et à leur nostalgie d’une certaine liberté. Nous nous retrouvons tous dans une drôle de situation où nous nions notre attrait pour les plantes, où nous faisons taire nos besoins de fréquenter pleinement, quotidiennement, les autres espèces, où nous nous passons des grands espaces nécessaires à notre cerveau pendant des mois ou des années durant. Se représente-t-on assez combien nous manquent l’océan, la fraîcheur des ruisseaux, l’observation et le jeux des animaux, le concert des oiseaux, les odeurs âcres ou divines qui accompagnent les cycles du végétal? Certainement pas. L’humain des villes s’applique aujourd’hui à enterrer au fond de lui ses envies d’un environnement riche d’informations et de sensations, créant en lui-même un manque aussi étendu que l’environnement qu’il refoule.

photo-1420537659459-1e231ca42aa1

La question essentielle

Puisque qu’inconsciemment, psychologiquement et bio-physiologiquement nous percevons toute l’importance de bien gérer l’environnement que nous intégrons, ce système fait  d’organismes vivants avec lequel nous interagissons, il est étonnant que l’on soit obligés d’y consacrer consciemment, intellectuellement ou culturellement une simple journée par an ou une pauvre pensée par jour. Pourquoi avons nous tendance dans nos pensées et dans nos vies, à classer comme « à part » l’environnement qui est par définition tout autour de nous – mais aussi en nous? Pourquoi « regarder ailleurs alors que la maison brûle ? Heureusement, des scientifiques tels que le docteur Hal Hershfield de la New York University et Hye Min Bang et Elke Weber de la Columbia University ont entrepris d’éclairer ces constats de déni et de procrastination qui n’échappent à personne.

Se demander : pourquoi ?, un début de solution

Autruche qui se demande : Pourquoi?

Autruche qui se demande : Pourquoi?

Chacun peut certainement contribuer à la cause environnementale d’une façon élémentaire, en se demandant à soi-même : pourquoi ? Voici certaines des réponses que l’on recueille lorsqu’on interroge les gens qui font l’expérience de leur contradiction. Parce qu’en pratique les alternatives « environnementales » apparaissent comme moins qualitative que l’existant, parce que changer ses habitudes comportementales nous est extrêmement compliqué. Parce qu’en tant que consommateur confirmé , on pense que c’est aux autorités de nous apporter des solutions pratiques et simples, parce qu’on a l’impression que nos actions vertueuses représentent un surcoût plutôt qu’un investissement stratégique pour nous-mêmes et pour la société dont on fait partie. Enfin, et surtout, un grand nombre d’entre nous qui se présentent comme prudents partagent l’idée d’un changement nécessaire mais préfèrent ne pas être les premiers, ne pas avoir à se justifier et à se battre seul contre beaucoup d’autres, à prouver sans relâche qu’ils ne sont pas des idéalistes prêts à sacrifier performance, progrès et bien-être sur l’hôtel de la divinité pâquerette.

Adopter un nouveau point de vue

photo-1418405752269-40caf13f90ad

Poser un oeil différent sur les choses

Il est dors et déjà possible de trouver des formules pour faire évoluer nos propres mentalités et de résoudre l’une des nombreuses contradictions qui font notre complexité? Commençons par redéfinir pour nous-même et par élargir notre conception de l’environnement.

Pour Pamplemousse, l’environnement n’est ni l’à coté, ni le cloisonné, ni simplement l’autour. L’environnement, c’est une partie de nous comme nous sommes une partie de lui. L’environnement, ce sont les autres êtres vivants, humains ou non, c’est à la fois l’air et la terre, c’est notre espace de travail, notre lieu de résidence, nos connexions humaines au sens des individus de notre espèce qui peuplent notre vie, les bâtiments vieux et moins vieux qui forment le bâti par les humains et avec lequel certaines espèces de l’environnement dit naturel reforment des liens astucieux au coeur même des métropoles. Notre environnement, c’est peut-être aussi le méli-mélo invisible et indispensable des ondes positives, neutres et négatives émises et captées par les humains et les machines.

Commençons à comprendre

Dès lors, nous commencerons à assimiler que si l’air est pollué, je respire moins bien, je cours moins vite, mes enfants font de l’asthme, j’ai une peau désastreuse et j’ai mal aux poumons. Nous commencerons à considérer l’idée simple que sur une planète aux ressources finies ou nécessitant un certain temps pour se renouveler, le mythe de la croissance accélérée crée des dégâts mesurables et observables au présent. Nous commencerons à assimiler que les plantes, les arbres et notamment les plus jeunes contribuent à la fois à purifier l’air et l’eau pour nous, à ravir nos sens et notre imagination et à fournir un logis à des milliards d’espèces qui veillent quant à elles à la qualité de nos sols et de notre nourriture.

Nous considérerons alors la Planète comme notre corps et le bien-être de nos esprits comme un objectif, tout en suivant la sagesse de la formule un esprit sain dans un corps sain. Alors, et alors seulement, nous ne tarderons  pas à comprendre qu’un environnement sain et des co-espèces nombreuses et en bonne forme sont les conditions sine qua non de toutes nos performances : sportives, relationnelles, économiques et financières.

photo-1427722483643-7932657d348e

Faisons la fête

Et puisque la Terre est à l’honneur, il ne nous reste plus qu’à la célébrer pleinement ce soir, à pendre cette crémaillère annuelle comme une occasion d’inaugurer une nouvelle année riche en réflexions quotidiennes sur l’environnement et à rendre hommage aux écosystèmes qui bossent dans l’ombre le reste de l’année, eux qui ont parfois tant besoin de nos Lumières pour maintenir nos équilibres fondamentaux.

Joyeux Jourdelataire !

photo-1459231978203-b7d0c47a2cb7 (1)

10 questions à Jean-Louis Caffier: « Et cette envie de chacun peut renverser des montagnes. »

image jean louisInterview – Jean-Louis Caffier est journaliste, spécialisé sur les questions liées au développement durable. Précurseur sur le sujet, animateur de talent ayant interviewé de nombreuses personnalités emblématiques de la transition, il fait partie de ces professionnels à la curiosité créatrice qui rendent possible le dialogue sur nos enjeux de société et l’émergence de solutions d’avenir. Pamplemousse a eu une furieuse envie de vous faire connaître ce touche-à-tout inspirant, nécessairement réaliste et toujours positif et de discuter du rôle du journaliste dans l’impulsion du changement. Une voix à suivre !

———————————————————————————————————————-

1.

Comment décrivez-vous votre job ?

Je suis un « passeur », une sorte d’intermédiaire entre des informations, ceux qui les font ou les portent et un public divers et varié, très ou pas du tout intéressé par les questions liées au développement durable et à l’environnement au sens large.

———————————————————————————————————————-

2.

Et en quoi cela consiste-t-il ? Quel type de média(s) utilisez-vous?

Côté médias « traditionnels », j’ai principalement travaillé pour des chaînes d’information en continu. Après France Info et LCI, je suis désormais consultant environnement pour BFM TV. Je donne et surtout anime de nombreuses conférences et des colloques, ce qui est aujourd’hui mon activité principale. J’utilise parfois Linkedin et de temps en temps mon blog. J’ai monté il y a 12 ans avec le climatologue Hervé le Treut et l’ingénieur Jean-Marc Jancovici une association, EnclHume (Energie-climat-humanité-médias), qui invite chaque hiver une trentaine de journalistes à passer un week-end à la montagne pour se former sur les bases du couple climat-énergie. Je donne également des cours à l’Institut Européen du Journalisme à Paris. Je préside enfin l’association Années Lumières dans le Loiret qui organise des bars de sciences à Briare.

        ———————————————————————————————————————-

3.

Comment devient-on  journaliste en développement durable ? Quelle est la « meilleure école »?

Je m’intéressais depuis longtemps au domaine scientifique. J’ai découvert la problématique du climat au moment de la création du GIEC, des COP et des premiers livres sur la question. Je me suis dit à l’époque que si les perspectives liées au climat se confirmaient, le sujet allait devenir dominant et aurait des conséquences sur toutes les activités humaines. C’est comme cela que je me suis intéressé au développement durable avec une attirance particulière pour l’environnement. La meilleure école à mon sens, en plus du travail évidemment, c’est l’ouverture totale. J’ai eu la chance de pouvoir très tôt traiter la question avec tous les acteurs, scientifiques, ingénieurs, associations, syndicats, entreprises et avec la possibilité de leur donner la parole. On sait que le DD, c’est l’économie, le social et l’environnement au même niveau et c’est pour cela d’ailleurs que c’est si difficile à appliquer. Il faut donc susciter des consensus (pas trop mous si possible !) et pour cela il faut écouter tout le monde. C’est ce que je tente de faire.

Rabhi-et-Orru-3-628x300

———————————————————————————————————————-

4.

Le travail que vous faites semble essentiel à l’avancement des sujets de développement durable et à leur promotion. Etes-vous (assez) nombreux à le faire ?

Nous ne sommes vraiment pas nombreux. La plupart du temps, mes confrères et consoeurs concernés par le sujet ne traitent jamais en réalité le développement durable mais séparent les éléments, entre économie et environnement notamment. Exemple, quand un média parle de « bons chiffres » pour l’automobile, c’est parce que les ventes ont augmenté. Point. Est-ce que ces « bons chiffres de l’automobile » sont bons pour l’environnement, personne ne pose la question. Moi oui, mais bon ! Le pacte écologique de Nicolas Hulot proposait la création d’un poste de vice premier ministre chargé du développement durable. Il faudrait un poste équivalent dans les rédactions. On en est très loin.

         ———————————————————————————————————————-

5.

En tant que passionné, qu’est-ce qui vous plait le plus dans les missions que vous menez ? Des exemples savoureux?

Ce qui me plait le plus, c’est franchement de constater qu’après des années et des années pour essayer de convaincre, ça bouge enfin. Pas du tout assez, c’est clair, mais enfin, ça va dans le bon sens. Il faut imaginer qu’il y a 20 ans, les journalistes qui parlaient d’environnement passaient au mieux pour des clowns un peu dérangés, au pire pour de vrais emmerdeurs. Une idée commence à germer : le durable, ce n’est pas une punition, c’est l’imagination, l’innovation, physique et comportementale, la création, la solidarité.
Exemple savoureux : quand j’ai proposé à un de mes anciens patrons de m’occuper à plein temps d’environnement, il m’a dit dans son langage coloré : « je n’ai pas d’argent à te filer à t’occuper que de ces conneries ». On s’est quitté en bons termes. Je sais qu’aujourd’hui, il sait que j’avais raison.

         ———————————————————————————————————————-

6.

Quelles sont selon vous les qualités essentielles pour mener à bien ce type de missions ?

La patience, l’humilité et la motivation pour ne pas laisser un monde ingérable à mes futurs petits enfants.

photo-1456613820599-bfe244172af5

———————————————————————————————————————-

7.

Quel sont les gens et projets qui vous motivent parce qu’ils font avancer les choses ?

Il y en a dans tous les secteurs mais je place les chercheurs et les scientifiques au dessus. Ils nous aident à mieux comprendre la planète, élément essentiel si on veut la garder dans un état acceptable et gérable, ce qui n’est pas garanti aujourd’hui. Il y a bien trop peu de scientifiques dans le milieu politique qui manque forcément de recul et de hauteur (au niveau national).

         ———————————————————————————————————————-

8.

Pensez vous que les jeunes aient un rôle clé à jouer dans la prise en compte des problématiques environnementales par les entreprises et les municipalités françaises ?

Je crains que les jeunes n’héritent d’un monde difficile. Et je ne parle même pas de géopolitique mais simplement d’environnement. Car c’est bien beau de parler de tout cela depuis longtemps, mais globalement, la dégradation continue : climat, biodiversité, pollutions, et j’en passe, force est de constater que la tendance lourde est toujours la même. Alors, c’est un peu difficile de dire aux jeunes de faire ce que ma génération n’a pas fait. Et pourtant, je pense qu’il n’y a pas d’autre solution que de profondément changer notre manière de vivre et de faire. C’est tout un système qu’il faut redessiner. Les jeunes peuvent s’y préparer en amenant de l’envie et du plaisir.

        ———————————————————————————————————————-

9.

Comment la Cop 21 a-t-elle influencé votre travail depuis un an ?

La COP a été présente dans quasiment tout ce que j’ai fait depuis un an. Les choses se sont bien tassées en début d’année et j’ai eu peur de revivre l’après Copenhague : il ne s’était plus rien passé après. Mais depuis peu, le sujet revient. Même si les résultats de cette COP me paraissent nettement insuffisants, je suis de nouveau sollicité pour des interventions liées d’avantage à l’adaptation et à la transition.

       ———————————————————————————————————————-

10.

De par votre curiosité, vous avez une vision à 360° sur les sujets du durable. Selon vous, quels sont ceux qui mobiliseront le plus la France dans les années qui viennent ?

photo-1455596120412-30a2e6c8e600 (1)

Je pense que le vrai sujet qui devrait s’affirmer, c’est la proximité, autrement dit la volonté d’être acteur du changement. C’est vrai notamment pour les citoyens-consommateurs et pour les collectivités locales. L’alimentation, l’énergie entre autres deviennent des sujets locaux ce qui est nouveau. Chacun doit faire sa part selon la stratégie du colibri mais ce qui est en train de changer, c’est que l’envie progresse. Et cette envie de chacun peut renverser des montagnes. Regardons comme l’économie de partage est en train de casser des vieux modèles que l’on croyait éternels. Il y a donc encore de l’espoir, mais il ne faut pas traîner.

Retrouvez les conférences et colloques animées par Jean-Louis sur son blog Kafcom.