Bhoutan

Quel bonheur !

La Renaissance Positive

On croyait l’ère du gris et du froid arrivée à force d’événements et de discours aussi tristes que stériles. Mais ce serait oublier les formidables optimistes et citoyens responsables que nous comptons parmi les nôtres. Car oui, l’optimisme à contre courant et l’encouragement de tous via des pensées positives relèvent effectivement de la responsabilité individuelle et collective dans une société dite en crise, peuplée d’esprits chagrins.

En ce début 2016, c’est avec satisfaction que nous voyons de grands groupes inclure dans leurs opérations de communication des messages de courage et d’espoir. Décider de faire la peau à la dépression paralysante est bel et bien une mission de responsabilité sociétale d’entreprise, au même titre que l’éducation environnementale et la création de valeur partagée. Certaines marques l’ont compris et transmettent le message sur le mode économie d’énergie : les slogans sont simples voire minimalistes, comme si ces mots trop longtemps bannis de notre quotidien évoquaient à eux seuls un univers entier à explorer. La pensée positive, un optimisateur de budget marketing? Démonstration.

Les messages simples des first-movers

Au beau milieu d’un film d’action oh combien original mêlant Liam Neeson, terrorisme et avions de ligne, TF1 nous fait le cadeau contradictoire de diffuser ce message pédagogique simple et intelligent :

« Partageons des ondes positives »

Le spot publicitaire fait la part belle aux valeurs attribuées aux français : volonté, tolérance, win attitude, sociabilité. Cocorico.

Début 2016, Adidas se positionne elle aussi sur de l’électrique dans les métros parisiens et présente l’énergie positive – libérée par les chaussures de running marketées – comme facteur de réussite sportive.

« Je suis une énergie positive »

ADIDAS

Peu après, c’est le groupe Carrefour qui reprend le créneau avec un spot décalé donnant la parole à l’optimisme lui-même et allant jusqu’à transmettre une leçon philosophique pour différentier l’effort de positiver d’un aveuglement béat :

« Je ne refuse pas de voir l’adversité, mais je refuse d’y voir une fatalité »

La pub fait également le lien essentiel entre optimisme et optimiser, reprenant le discours du mieux avec moins récemment réhabilité par Pierre Rahbi, prêcheur de longue date et fervent pratiquant de la sobriété heureuse. A en croire les bibliothèques de nos compagnons de génération, les Y n’ont pas attendu l’entreprise pour se nourrir de sa philosophie de la vie simple et reprendre la mesure de toutes choses en appliquant les lois de la modération rassasiante.

Générateurs de bonheur près de chez vous

Mais où trouve-t-on ce fameux bonheur? Les éditions Points nous apporte la réponse en rééditant l’ouvrage-guide de Marcelle Auclair : Le bonheur est en vous. VOUS avez la clé. Dans ses livres formidables, la papesse du bonheur nous prend la main pour que nous nous prenions en main. Prodiguant recettes et conseils concrets, cette professeur hors norme présente le bonheur comme une discipline personnelle exigeante et passionnante qui requiert, comme n’importe quelle autre pratique, entrainement et douce obstination.

« C’est ainsi, pensée positive immédiatement opposée à pensée négative, parole constructive apportant son démenti à la parole destructive, que vous retrouverez la confiance en vous et en l’existence »

Pépinière d’optimistes

C’est cette détermination à être heureux que l’on sent chez tous les Y contraints de rassurer leurs ainés sur leur propre avenir : à force de devoir dire à tout le monde que tout va bien se passer, les 18-35 ans finissent par développer une discipline de l’espoir particulièrement constructive. C’est cette joie des agisseurs face à la difficulté que l’on voit également chez les membres de notre société engagés dans la vie associative, chez les acteurs qui oeuvrent avec rigueur et créativité au développement durable, chez les zèbres de tous poils menés par l’écrivain Jardin, chez le seul et unique Erik Orsenna qui prouve que l’on peut être tout à la fois formidable et optimiste. C’est cette énergie créatrice que l’on retrouve chaque année dans les interventions du Positive Economy Forum du Havre, c’est ce oui à l’avenir source d’inventivité qui repose derrière le + du logo du designer Starck, c’est cette recherche de l’autosuffisance productive qui motive les architectes des bâtiments à énergie positive. And so on.

Réjouissons-nous !

Après de nombreuses décennies de pessimisme branché, c’est un autre courant énergisant qui ranime chaque cellule de notre société et c’est tant mieux. Félicitons les grands groupes qui retrouvent avec ces messages leur mission fondatrice : résoudre les maux de la société civile et améliorer la vie de tous. Remercions les optimistes convaincus qui nous font du bien au quotidien par leurs paroles et leurs solutions intelligentes. Et continuons collectivement à rechercher le bonheur, un concept multidimensionnel que le Professor Martin Seligman définit pour nous dans toute sa complexité.

« Bonne année positive à tous »

surf rose

L’esprit Y surf sur le green

Conversation blue-green – Et si le surf devenait le symbole de la révolution durable conduite par la génération Y?

Aux débuts d’internet et de notre adolescence, nous nous différenciions déjà de nos ainés par notre capacité à surfer sur la toile. Tandis que nous grandissions et intégrions les rédactions des magazines et autres blogs chargés de nos anglicismes, nous usâmes et abusâmes des expressions hyper branchées type surfer sur la tendance, surfer sur la vague, surfer sur le mode.

Ces termes sont devenus quelque peu obsolètes mais le caractère de liberté et de résilience de nos chères planches demeure représentatif de la rébellion tranquille qui caractérise à la fois notre génération et le concept de durabilité.

Nous sommes par exemple la génération du couchsurfing, une pratique typiquement Y, participative et débrouillarde, qui challengea tout en douceur les géants de l’hôtellerie classique contraints de se réinventer pour maintenir leur compétitivité dans la nouvelle économie du partage.

Mais le surf est également lié à l’un des business models les plus innovants de ces dernières années et imaginé par l’aventurier businessman Yvon Chouinard. Dans Let my people go surfing, l’entrepreneur grimpeur décrit la philosophie atypique de Patagonia, l’entreprise green et responsable par excellence. La renommée mondiale de la marque de vêtement aux employés surfeurs prouve une fois encore que durabilité peut rimer avec succès de marché pourvu que l’on parvienne, comme en surf, à sublimer la simplicité et à utiliser l’énergie des éléments à bon escient (lire l’entretien de The Usual, Don of the Dirtbags: An Interview with Yvon Chouinard).

by Kenny Brightman III from Lion+Panda

Peu à peu, même les marques historiques ont compris le pouvoir du surfing et n’hésitent plus à s’en approprier les codes pour séduire consommateurs Y et autres Millenials, comme nous appellent les anglo-saxons. En 2015, Chanel fit par exemple surfer Gisèle sur une planche siglée à son effigie, poursuivant ainsi son effort pour moderniser N°5 à travers des spots publicitaires inattendus.

Récupéré par les marques comme atout séduction, notre cher surf n’en conserve pas moins son caractère simplement innovant, sobre et fun à la fois.

Récemment, les scientifiques et surfeurs Dr. Andrew Stern et Ben Thompson ont imaginé le projet SmartFin, un aileron de surfboard équipé de capteurs intelligents. Face à la méconnaissance et à l’immensité de nos océans, le surf se révèle un formidable outil utilisable par tous les passionnés du monde pour la collecte de données en zones difficiles d’accès. Nous permettre de contribuer au progrès scientifique et à la préservation de l’environnement marin tout en pratiquant notre passion, voilà ce que l’on appelle de l’innovation responsable en faveur des loisirs intelligents!

Puisque la feuille et l’arbre ont manifestement échoué dans leur rôle de symbole mobilisateur pour la révolution durable, remplaçons donc les représentations végétales par l’imaginaire iodé du surfing et enracinons sans attendre sa philosophie d’agilité au cœur de nos mentalités, de nos loisirs, de nos business et de nos villes pour qu’elle devienne la nouvelle tendance à surfer.