Beauté Industrielle – New York

A Brooklyn et Astoria, dans les coulisses industrielles de la grosse pomme, le dialogue entre les structures d’acier, la végétation persistante et les lumières de septembre ne cessent de nous émerveiller. De centrales électriques en ponts franchiseurs, les quartiers en mutation du bord de l’East River impressionnent par la dimension de leurs infrastructures bâties et naturelles.

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Structure d’acier et de végétal, Astoria Bridge, 11/09/2015, 40.782070, -73.920223, iPhone 6 back camera 4.15mm f/2.2

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Le soleil rosé de septembre endort Astoria, 18/09/2015, 40.759988, -73.922571, iPhone 6 back camera 4.15mm f/2.2

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Au bout du quai, la nature urbaine entre ciel et rails, Smith-9 Street station, Brooklyn, 19/09/2015, 40.674599, -73.996936, iPhone 6 back camera 4.15mm f/2.2

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Centrale électrique sur espace vert et bleu, Queensbridge Park, Astoria, 07/10/2015, 40.755268, -73.949659, iPhone 6 back camera 4.15mm f/2.2

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Restes de ponton abandonné sur la rivière, Socrates Park, Astoria, 08/10/2015, 40.768836, -73.937183, iPhone 6 back camera 4.15mm f/2.2

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La nature malgré tout, Roosevelt Island Bridge, Astoria, 09/10/2015, 40.762833, -73.944661, iPhone 6 back camera 4.15mm f/2.2

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Jeu de miroirs, Roosevelt Island, 09/10/2015, 40.763922, -73.946779, iPhone 6 back camera 4.15mm f/2.2

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Traces du passé, Brooklyn, 10/10/2015, 40.704504, -73.986543, iPhone 6 back camera 4.15mm f/2.2

Aventure de juin : les trésors de Tuxedo

Untitled design (40)

Que l’on soit new yorkais ou parisien, 9h (oui oui 9h) par jour dans un bureau, le fessier marié à une chaise spécial mal de dos et rageant d’une sédentarité qui nous fait regretter les métiers d’extérieurs, difficile de s’objectiver en aventurier des temps modernes. Avec l’été, ses excès thermiques et ses tentations d’eau salée, bourgeonnent pourtant dans l’esprit du Y de bureau des envies d’ailleurs, de découverte et de liberté.

C’est ce besoin viscéral autant qu’estival qui attira notre équipe pamplemoussienne vers le Harriman National Park par un beau samedi de Juin. Ce park situé à 1h20 de la Pomme sale et surchauffée n’est pas connu des New Yorkais. C’est donc sans information ni attentes précises que nous nous lançâmes dans l’aventure, à destination d’un ancien territoire Algonquin dans le fin fond County d’Orange. Déjà épuisés par la torpeur ambiante, à peine décongelés de notre récent itinéraire dans les wagons frigorifiques du MTA, nous affrontâmes la cohue des départs de trains à Penn Station, le stress des sifflets des contrôleurs, et de nouveau le froid dispensé par l’air conditionné du New Jersey Transit (demandons-nous sérieusement s’il n’existe pas une compétition secrète entre MTA et NJT, à savoir qui congèlera le plus de passagers en période estivale).

Le train commence à s’éloigner et avec lui une certaine pression de la ville. À la sortie de New York, il y a cette étendue marécageuse qui indique au voyageur que oui, il est bien sur le chemin de la poésie retrouvée. Après 10 minutes seulement, le premier train nous lâche dans une gare paumée. Sur le quai, une dizaine de passagers. Tous restent à l’ombre pour se protéger du plomb solaire, seuls deux individus orangés poursuivent en plein cagnard leur passion intime avec l’Apollon du New Jersey. Un train du monde de Disney vient nous piquer à l’heure dite pour nous emmener vers le park inconnu et ses réserves cachées.

Nous traversons de nouveaux marécages, des étendues aux herbes dansantes au-milieu desquelles s’élèvent, solitaires, des barres d’hôtel aux noms d’héritières aussi profondément blondes que navrantes et qui interpellent le voyageur par leur laideur bétonnée (nous parlons bien ici des barres et non des héritières). Des langues de terre portent des maisons en bois disposées à touche-touche jusqu’au milieu des étendues d’eaux boueuses. Des plages ont été disposées au bord de ces eaux pour faire oublier leur viscosité et probablement augmenter la valeur foncière des maisons Hemingway environnantes. Jusqu’à perte de vue, ces étendues sont traversées par des échangeurs routiers sur piliers. Ici l’homme se bat encore avec la nature.

Le train pénètre au milieu des bois. Sur les bords de voie, tant de choses sont abandonnées. Des voitures, des lignes électriques, des baraques qui apparaissent tels que leur dernier utilisateur les a laissées. De nouvelles maisons sont construites aux côtés des bâtisses abandonnées. Pourquoi les secondes n’ont-elle pas été démontées, les matériaux revalorisés pour reconstruire les premières, le nid d’un temps liquidé pour resservir sans se gâcher ? Des cours d’eaux asséchés sont remplis de détritus, on devine qu’à la place de cette triste marre il y eut un jour un ruisseau frais qui abreuvait les natifs. L’idée de les restaurer germera peut-être dans l’esprit des locaux qui ont d’ores et déjà eu l’initiative surprenante de bricoler leur propre smart grid. Le résultat surprenant consiste en le mariage de chaque poteau électrique en bois, probablement vieux de plusieurs décennies, et d’un panneau solaire sommairement installé sur son flan. Au fin fond d’Orange, après les excès du 20e, les héritiers algonquins renouent avec le soleil que respectaient leurs ancêtres.

Nous descendons à Tuxedo. La gare accueille une voie unique sur laquelle le train ne passe que tous les 4 heures. Au bord de la route s’alignent les principaux commerces de la bourgade déserte. De l’autre côté, une petite route enjambe un pont avant de nous mener vers l’entrée du bois dans une odeur de bitume chauffé par le soleil. Nous pénétrons vite sous la fraicheur des arbres. Dans cette atmosphère humide et protectrice, nous attaquons la pente et déjà l’énergie nous assaille. Nos fesses rehaussées par l’ascension oublient dès cet instant leur geôlier la chaise, leur tortionnaire le siège d’avion, leur ennemi le strapontin métropolitain. Notre cœur se fait plus léger à chaque enjambée qui nous porte plus haut et plus loin sur le flan de la montagne. Il s’envole avec les sauterelles qui s’échappent en un tic sous nos pas.

Nous nous arrêtons un instant. A 360°, que du vert fluo, un apport chlorophyllé qui se traduit par un bien-être inexpliqué. On a envie de crier pour se joindre au joyeux tintamarre des sauterelles et à la chute puissante de l’eau sur la roche. Au sortir d’un virage, un champ d’herbes hautes faites pour se cacher, comme un océan de jaune en compétition avec le vert des fougères. Nous entrons alors dans le domaine des papillons. Ils sont tous de même espèce, apparemment. Leur cape est noir velouté et bleu turquoise, leurs motifs colorés évoquent un temps de mousquetaires et de capes et d’épées. Mais lorsqu’il leur prend de bouger leurs grandes ailes pour les relever à la verticale, ces lépidoptères du 17e révèlent le côté orangé et joyeux de leur anatomie. De si petits insectes pour tant de beauté.

Nous arrivons au lac où il est interdit de nager selon une pancarte en bois abandonnée au pied d’un arbre à peine visible du chemin. Ce qu’il y a, c’est qu’il fait 35C°. Ce qu’il y a, c’est que les nénuphars nous invitent avec force fleurs à partager l’eau où ils puisent leurs nutriments. Ce qu’il y a c’est que l’eau est le but, l’obstacle ou le complice de tout aventurier. Frais comme un pamplemousse, le lac apaise nos pieds fatigués tandis que les poissons dansent sous les corps qui nagent.

A la sortie de l’eau, les quelques autres randonneurs sont partis. Le chemin du retour s’effectue dans une atmosphère suspendue entre le jour chaud et la nuit tiède. Avec la chaleur qui retombe apparaissent les moustiques qui s’en donnent à cœur joie sur nos peaux sucrées. Nous reconnaissons chaque endroit traversé, l’inconnu nous paraît à présent plus familier. Les mollets nous tirent délicieusement et nos esprits aérés sont saoulés de pollen et de diversité.

Nous retraversons la gorge d’herbe dégagée qui coupe la forêt sur les deux versants. Nous redescendons parmi de gros rochers à tête de Mohicans. A cette heure, le soleil descend lui aussi pour s’unir à la forêt qui l’a combattu tout le jour. Ils offrent au promeneur un moment magique où les rayons percent la canopée de part en part, parsemant les fougères de paillettes d’or et d’argent. Nous nous arrêtons pour regarder. Après l’énergie et l’oxygène de la journée, la nature nous offre la sérénité du soir, l’émerveillement avant le coucher. Revenus sur le pont, nous sommes saisis par le spectacle du ruisseau à la fin du jour. Le ciel se reflète dans les eaux basses et animées tandis que les insectes qui plongent créent des cercles sur la surface. Un héron s’en fait à diner, déployant à chaque pas ses baguettes articulées. Deux pêcheurs silencieux partagent avec nous le calme de cette heure.

5 heures de marche sur les sentiers, à traverser des paysages si variés que l’on se sent bête d’avoir oublié que la nature ne se résume pas à une couleur, verte. La performance est physique, l’expérience est sensorielle, instinctive. C’est bizarrement loin de la ville construite et peuplée par l’homme que nous avons trouvé le temps d’un jour une sensation de force et d’humanité. Loin des avenues sauvages et des écrans acculturés qui entourent Penn station, la nature offre bel et bien la richesse infinie de ses informations. Les écosystèmes ont comploté pour nous offrir les services qui nous éveillent et nous réjouissent, pour ranimer la sève endormie à la fois dans les corps et dans les esprits.

Nous remportons avec nous non le seul souvenir, mais l’expérience adrénaline du park, de ses lacs, de ses insectes, de la vie en toute places qui s’exprime avec force, humour et énergie. Nous revenons en aventuriers relatifs mais heureux qu’il reste encore tant à (re)découvrir. Nous revenons prêts à soutenir au cœur des villes les personnes bien réelles qui promeuvent l’agriculture urbaine, le développement des parcs et jardins aux fonctions régulatrices, la conservation d’une biodiversité riche, passionnante, indispensable à l’équilibre de notre chaine alimentaire, l’ensemencement de fleurs par milliers pour satisfaire nos besoins humains de beauté, d’air pur et de couleurs.

Parce qu’admettons-le, nous aimerions tous côtoyer quotidiennement les fameux papillons, voir au moins 5 fleurs et buissons par jour pour notre santé, respirer leur nectar et respirer l’humus au pied des arbres à chaque jour de travail qui commence comme un cocktail vitaminé qui nous fera la journée. Pour que depuis nos bureaux, nos chaises bourreaux des culs, nos réunions sans fin, nous sentions de nouveau que l’aventure est à portée de train. Pour qu’au cœur des cités et jusque sur nos chaises, notre joie demeure.