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Pocahontas parlait du Nouveau Monde (2/2)

Que peuvent bien avoir en commun des personnages tels que Thomas d’Asembourg, le juriste psychologue belge expert de la communication non-violente, Gro Harlem Brundtland, l’ex-présidente norvégienne de la Commission Mondiale sur l’Environnement et le Développement (CMED) des Nations Unies et Claude Onesta, entraîneur mythique de l’équipe française de handball devenu porte-drapeau du leadership transformationnel ?

Ceux qui ont découvert au tournant de l’année la première partie de notre article le savent. Ces personnes inspirantes, comme toutes celles évoquées dans Pocahontas parlait du Nouveau Monde (1/2), ont la caractéristique d’avoir développé une pensée, un discours, une pratique, une vision que l’on retrouve à bien y regarder entre les lignes de la chanson Colors of the Wind du film animé de Disney Pocahontas, découvrant du même coup toute la richesse de cette fiction pour petits et grands.

Maintenant, repartons une dernière fois, pour le plaisir, pour quelques lignes, à la recherche des traductions modernes de la vision de Pocahontas et complétons par la même occasion pour nous-même notre liste personnelle de personnes inspirantes pour 2018. Et laissons Pocahontas nous convertir en douceur à sa vision stimulante du monde comme elle le fit en 1607 avec l’impétueux John Smith – tel que l’histoire le raconte.

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croche| Come run the hidden pine trails of the forest

| Come taste the sun-sweet berries of the earth

Après des considérations essentiellement spirituelles et philosophiques, Pocahontas nous incite ici à l’activité physique en plein air, à l’immersion dans des espaces naturels inconnus et cachés…et se fait ambassadrice avant l’heure de la fameuse campagne française 5 fruits et légumes par jour lancée par le Programme National Nutrition Santé en 2001.

Un vrai mix de conseils Life Style dont la validité est aujourd’hui démontrée par des résultats de recherches tout aussi sérieuses que nombreuses sur lien perpétuel et à double sens entre :

– notre corps et notre mental

mais aussi

–  entre nous (corps-et-mental confondus) et notre environnement.

Les dernières découvertes des chercheurs en nutrition ou en santé-environnement semblent en effet tous nous souffler le credo :

 » un esprit sain dans un corps sain,

un corps sain avec un esprit sain,

…un esprit et un corps sains dans un environnement sain. »

Au-delà des bienfaits de l’activité physique créatrice de bien-être pour le corps et le mental résultant de la production de dopamine et de sérotonine – les travaux menés par l’université finlandaise de Jyväskylä mettent également en évidence les bienfaits du sport sur le développement neuronal des individus. Ils révèlent en effet le développement différencié de matière grise chez des jumeaux d’une même paire pratiquant le sport avec une intensité différente – le plus sportif des deux présentant un développement supérieur. La pratique physique encouragerait donc la neurogénèse (la formation de nouveaux neurones) – notamment dans l’hippocampe, la partie du cerveau responsable de la mémoire et de l’apprentissage.

« Lorsque l’entraînement est régulier, un autre effet, chronique celui-là,s’installe, menant à une amélioration générale et durable de notre mental. »  Charles-Yannick Guezennec, médecin du sport à l’hôpital de Perpignan » (source Comment l’exercice physique booste nos capacités mentales, Sciences et Avenir, 2015)

Ces bienfaits seraient encore décuplés pour toute activité pratiquée dans un cadre nature. D’après les universités de Melbourne (voir l’interview de Kate Lee : Gazing at Nature Makes You More Productive) et de Stanford (voire l’interview de Gregory Bratman), on recense notamment une augmentation des capacités de concentration, de la créativité et de la productivité au travail mais également une limitation de la rumination et de l’activité cérébrale dans les zones du cerveau liées à des pensées négatives.

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Ces sujets passionnants sont notamment évoqués dans Le guide du cerveau du Point, dans lequel on retrouve également la question de l’influence de la qualité de l’alimentation sur le développement de l’intelligence et du bien-être, cette influence révélée au grand public par la jeune auteure allemande Giulia Enders pour qui l’intestin mérite entièrement son nom de deuxième cerveau.

En évoquant les baies sauvages provenant de la terre « sun sweet berries of the Earth », Pocahontas pose quant à elle très clairement le lien entre la qualité de l’environnement et la qualité d’une alimentation, dont dépendent notre bonheur, notre plaisir ainsi que notre capacité à nous surpasser physiquement et intellectuellement. Un lien de cause à effet qui enjoint John Smith et tous lecteur à sa suite à se préoccuper sérieusement de la question de la pollution de notre environnement et de nos nourritures par les perturbateurs endocriniens, phtalates, bisphénol et autres pesticides, en suivant par exemple la façon dont elle est actuellement considérée à l’échelle de l’Union Européenne.

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Source : Dreal Centre-Val de Loire

Alors, Sport + Nature + Alimentation Saine, serait-il le combo idéal pour développer nos différents cerveaux – qu’il s’agisse de la tête, du corps et pourquoi pas du cœur tel que le propose l’écrivain Arnaud Desjardins dans ses écrits sur la pensée védantique millénaire ?

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croche| Come roll in all the riches all around you

| And for once, never wonder what they’re worth

 

En incitant son compagnon à oublier pour un instant le prix des richesses naturelles, Pocahontas pose pourtant en creux la question essentielle de la valorisation de ces ressources naturelles, des services éco-systémiques (voir Quand Pocahontas parlait du Nouveau Monde (1/2)) et plus largement des biens communs tels que l’eau, l’air, la biodiversité régis par le principe de gratuité bien qu’ils représentent sans aucun doute nos plus grandes richesses – ce qui n’est pas sans nous rappeler nos vieux cours d’anglais, une langue qui fait bien plus clairement que le français la différence entre riches (richesses) et wealth (fortune).

L’amérindienne se fait ainsi la voix de centaines de nos contemporains, financiers ou économistes innovants de toutes nationalités et pionniers de la comptabilité verte qui consacrent leur carrière au chiffrage de l’impact environnemental négatif des activités économiques à forte valeur marchande ajoutée. Leur objectif premier ? L’intégration dans les comptes nationaux et les documents comptables des entreprises des externalités négatives telles que la pollution, l’appauvrissement des sols etc... pour favoriser une activité économique qui ne soit pas destructrice mais développeuse des systèmes sociaux et environnementaux.

Parmi les travaux les plus accessibles, on trouve notamment :

– Les réflexions Biodiversité et Economie de l’association OREE prolongées dans la thèse de Ciprian Ionescu menée sous la direction de Michel Trommetter

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-L’article universitaire Environmental Accounting for Pollution in the United States Economy qui met en regard la valeur ajoutée économique de chaque secteur d’activité de l’économie américaine et sa contribution à une Nuisibilité Environnementale Brute

Pour les financiers, l’intégration des critères environnementaux et sociaux dans l’activité économique globale avance également grâce à l’émergence des pratiques d’investissement responsable qui conditionnent les investissements financiers à la bonne notation extra-financière des entreprises et permet à l’investisseur d’avoir une approche plus complète du risque de son portefeuille via l’analyse de ses critères Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG).

Côté entreprises, la valorisation de la richesse des écosystèmes se fait à travers tous les choix du quotidien, des achats à l’innovation en passant par les processus de production. Des guides comme le World Ressource Institute permettent aux décideurs en entreprise d’intégrer l’état et le fonctionnement des écosystèmes dans leur processus de choix, pour pérenniser l’activité économique sur le long-terme (leur permettant par exemple de choisir tel matériau pour un nouveau produit plutôt qu’un autre qui met plus de temps à être régénéré).

Tous ces travaux réfutent bien la croyance selon laquelle nous  pouvons progresser, nous développer et croître en étant décorellés des cycles et des rythmes des autres espèces et ressources dont nous dépendons.

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croche| The rainstorm and the river are my brothers

| The heron and the otter are my friends

En appelant « frères » et « amis » les animaux et la flore qui l’entourent, Pocahontas nous explique justement le concept de biophilie avancé par le biologiste Edward O. Wilson en 1984, dans son livre éponyme publié aux Harvard University Press. Et que nous dit-il ? Qu’en raison de notre affinité naturelle avec le vivant, nous humains avons besoin des autres espèces, qu’elles soient animales ou végétales, pour bien vivre, bien guérir et bien travailler. Depuis des chercheurs ont découvert que le seul contact de la terre sur les mains provoque grâce à la bactérie mycobactérium vaccae une décharge de sérotonine, l’hormone de la satisfaction, démontrant ainsi l’effet antidépresseur d’une activité de jardinage. Il a également été démontré qu’un patient ayant vue sur un espace vert recouvre plus vite la santé que celui privé de contact avec la nature. Un fait bien connu de professionnels comme l’infirmière Anne Ribes, auteure de Toucher la terre, jardiner avec ceux qui souffrent, qui fut la première à organiser des ateliers pédagogiques de jardinage en pédopsychiatrie à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière.

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Côté entreprise, la hausse de productivité des travailleurs mis au contact des plantes, d’évocations de la nature ou même d’animaux a également été perçue et mesurée, justifiant ainsi le développement du design biophilique des espaces de travail, c’est à dire la prise en compte du besoin de nature dans la conception de ces lieux de vie. On peut lire à ce sujet le rapport Impact du design biophilique dans les espaces de travail publié sur le blog Human Spaces de la société Interface.

Mieux, d’après l’écologiste australien Richard Fuller, l’impact psychologique positif est proportionnel à la variété d’espèces côtoyées ! Ainsi, à tous ceux qui auraient du mal à percevoir l’importance de la biodiversité pour l’humain, sachez que votre bonheur en dépend.

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croche| And we are all connected to each other

| In a circle, in a hoop that never ends

 

Nous voici clairement au cœur du modèle d’économie circulaire et d’écologie industrielle expérimenté depuis plusieurs années en Allemagne et en Chine et depuis le Grenelle de l’environnement en France.

Cette vision circulaire promue par Pocahontas est :

– à l’opposé de la vision linéaire que l’on retrouve partout dans les modèles économiques traditionnels (Acheter –Consommer-Jeter, les 4P du marketing) et des biais de l’obsolescence programmée ou en tous cas non anticipée par les concepteurs de biens

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– en résonnance avec la vision qui sous-tend le Cradle to cradle de William McDonough, une philosophie circulaire du 100% recyclable et réutilisable qui intègre les principe d’éco-conception des produits – concevoir pour durer, pour conserver la qualité et être réutilisé dans une logique zéro pollution (cette vision même qui avait inspiré Ray Anderson d’Interface pour la transformation de son entreprise industrielle contée dans Génialement durable et incroyablement rentable : l’histoire vraie de Ray Anderson)

– en résonance également avec la philosophie japonaise d’amélioration continue dite KAIZEN, traduite en démarche qualité pour l’entreprise par la roue de Richard Deming dite PDCA : Plan-Do-Check-Act

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En mariant ces deux strophes, Pocahontas souligne que l’émergence massive d’une économie circulaire dans laquelle se lance de plus en plus de jeunes entrepreneurs (voir l’interview du fondateur de la start up Upcycly), dépend de la capacité des uns et des autres à comprendre l’interdépendance des acteurs et des ressources et de l’importance de maintenir l’équilibre fragile dans lesquelles peut émerger la vie – une connexion notamment traduite en éthologie par la pyramide de prédation et expliquée de façon limpide dans cette vidéo pédagogique sur la réintroduction des loups dans le parc national de Yellowstone aux USA.

C’est ce principe d’interconnexion que les boudhistes avaient mis en évidence à travers le principe de non-dualité et d’unité du vivant. C’est encore sur cette notion de bénéfices mutuels que s’appuient les leaders du management transformationnel ou les professionnels de l’art de la négociation.

Cette idée de tout indivisible évoquée par Pocahontas nous évoque par ailleurs les trames vertes et bleues qui permettent de maintenir des continuités physiques et écologiques dans les villes et les infrastructures végétalisées comme les ponts végétaux qui jouent le même rôle dans les zones de campagnes traversées par des axes routiers, des axes physiques, permettant aux animaux – insectes, gibier – et nutriments d’entrer en connexion avec les autres espèces et d’accomplir leur fonction – pollinisation, reproduction – grâce à l’absence de barrières physiques à leur circulation.

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croche| How high does the sycamore grow?

| If you cut it down, then you’ll never know

| And you’ll never hear the wolf cry to the blue corn moon

Les connaisseurs de la nature tels que Pocahontas ne vantent pas uniquement les bienfaits écologiques de la faune et de la flore. Ils mettent également en avant l’une des propriétés de la nature la plus importante pour l’homme : sa vertu éducative. Le milieu naturel a en effet une capacité à fournir un nombre infini d’informations en un même lieu, constituant en quelque sorte la plus grande bibliothèque du monde selon l’expression d’Idris Aberkan.

Car quelle loi de la gravité newtonienne sans chute de pomme préalable ? Quelle première maquette d’avion sans la passion de Léonard de Vinci pour les ailes des oiseaux ?

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Nombreuses sont les théories qui placent le duo Nature-Observation en tête du classement des meilleures méthodes pour apprendre et innover en s’inspirant des formes, matières, fonctions, processus, usages présents dans le système le plus efficient qui soit : le vivant. On compte parmi celles ci les travaux pédagogiques du médecin italien Maria Montessori qui recommande notamment l’immersion en pleine nature des enfants pour un développement physique, cognitif et émotionnel optimal.

S’inspirer de la nature et de ses lois, c’est également ce que fait le mouvement du biomimétisme qui s’est imposé d’abord dans l’art puis dans le design industriel, l’architecture ou encore les nouvelles technologies. Ce mouvement promu par la fondation Zeri (Zero Emissions Research and Initiatives) créée par l’entrepreneur Gunter Pauli, le Steve Jobs du développement durable père du concept d’Economie Bleue,  propose un grand nombre d’éco-innovations, au titre desquelles :

le sonar s’inspirant du système de repérage par ondes sonores et de communication des dauphins,

– la climatisation passive des bâtiments calquée sur le système de thermorégulation des termitières

– ou encore les aiguilles pour piqûres indolores en forme de trompe de moustiques

Pour plus d’information sur le sujet, lire par exemple le rapport du Conseil Economique Social et Environnemental ).

biomimétisme

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croche| For whether we are white or copper-skinned

| We need to sing with all the voices of the mountain

| Need to paint with all the colors of the wind

A la fin de son propos, Pochaontas décrit comme un besoin fondamental pour les humains, le fait de mêler les voix et les cultures au lieu de les opposer et de composer au maximum avec les forces en présence pour progresser dans un monde d’interconnexion. Nombreux sont en effet les créatifs dans les domaines de la mode, de la peinture, du design, de l’architecture, de la chanson qui nous ont montré que ce sont des métissages, des traductions et des translations que naissent l’innovation et le véritable progrès.

Prise littéralement, la phrase de Pocahontas « que l’on soit blanc ou cuivré » évoque le magnifique projet Humanae de l’artiste brésilienne Angélica Dass qui a entrepris de recomposer le nuancier de couleur de l’humanité à partir des codes couleur de la marque Pantone.

pantone

Si le monde artistique l’a compris depuis longtemps, le monde de l’entreprise commence doucement à adopter des pratiques similaires en composant des équipes ad hoc en fonction des besoins d’innovation, et en faisant appel à des professionnels a priori éloignés de leur mentalité pour inspirer des équipes présentant une certaine uniformité de savoirs.

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croche| You can own the earth and still

| All you’ll own is earth until

| You can paint with all the colors of the wind

Pocahontas conclue son propos en nous invitant à s’intéresser à la valeur immatérielle des choses tangibles, autrement dit à considérer ces éléments intangibles qui augmentent la valeur – et bien souvent le prix – attribuée à leur support tangible. Cette notion d’immatériel à forte valeur ajoutée s’impose de plus en plus dans la société comme dans l’entreprise d’aujourd’hui, en réaction à un matérialisme épuisant pour les hommes et les ressources – selon l’Observatoire de l’immatériel, 86% de l’économie européenne est d’ailleurs immatérielle.

A l’échelle de la société, la notion de sobriété et de nouvelle spiritualité fait son chemin et les individus Y sont de plus en plus soucieux de :

– leur santé,

– de leur temps libre

– et de leurs expériences

des éléments aussi intangibles que précieux qui deviennent de nouvelles données d’arbitrage pour les nouvelles générations.

Côté business on s’intéresse depuis quelques années au capital immatériel et à la valeur qui réside dans des actifs tels que la marque, les relations avec ses clients, les savoir-faire, le capital humain mais aussi dans les économies de ressources et de coûts que peuvent réaliser les entreprises.

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Dans sa dernière strophe, Pocahontas insiste ainsi sur l’inutilité totale du matériel  – ici, la terre – réduit à l’état de poussière et privé de sens sans sa dimension immatérielle. Cette philosophie n’est pas sans nous rappeler la philosophie de l’ESS, cette économie sociale et solidaire qui voit fleurir chaque année de nouvelles startups réellement innovantes et qui n’envisage la création économique qu’au service de la création de l’utilité sociale.

Pour finir, Pocahontas invite tout un chacun à créer avec ce qu’il a à disposition : une posture active en alignement avec le nouvel engouement de nos sociétés pour le Do it yourself et le goût de toute une génération pour la débrouille, pour le faire plutôt que pour le dire et pour…la quête de sens évoquée par Jean-Laurent Cassely dans La révolte des premiers de la classe, métiers à la con, quête de sens et reconversions urbaines (lire aussi à ce propos L’Esprit Y surf sur le Green) et.. en introduction de cet article.

La boucle est bouclée.

Merci à Alan Menken et Stephen Schwartz pour la richesse de leurs paroles originales qui ont résonné si fort pour toute une génération d’enfants

Vous aussi, reprenez un poème, une chanson, un livre d’enfant qui vous a marqué et cherchez le sens derrière les paroles pour dessiner votre propre projet de société.

Resolutions

Pocahontas parlait du Nouveau Monde (1/2)

A l’orée de la nouvelle année, nombre d’entre nous cherchent à dessiner à coup de grandes et petites résolutions le mode de vie vertueux de leur année à venir. Motivant dans le principe, l’exercice des bonnes résolutions est pour certains un véritable casse-tête – et en particulier pour les représentants de la génération Y, ces 18-35 ans hyper-connectés, hyper-informés, hyper sollicités.

Animés par une intarissable quête de sens en réaction à une civilisation humaine qui marche sur la tête, « condamnés à trouver du sens dans ce non-sens » pour reprendre les mots du rappeur Gaël Faye, les Y manquent pourtant bien souvent de modèles inspirants, de repères clairs et d’un guide bienveillant pour redessiner les contours d’un monde désirable dans lequel lui et les siens pourraient (sur)vivre.

 

 « Je fais partie de ces jeunes-là qui ont grandi sans un modèle ». 
                                                                                                                                       Gaël Faye, Slowoperations

 

Il leur appartient dès lors de se remonter les manches pour décider quelle direction prendre. Mais par où commencer pour dessiner ce Nouveau Monde de 2018 ? Pamplemousse s’est lancé pour vous à la recherche d’une boussole, revêtant sans difficulté le costume d’un Y qui cherche ce qui le fait vibrer, ce qui le fait rêver, ce qui a suscité ses élans bien avant Demain, le film (dont nous ventions les mérites dans Léo, Mèl, Ecoprod et les autres…), bien avant la mode du Do it yourself, bien bien avant les smoothies détox, le yoga paddle et les écolodges.

Et quelle image inspirante, surprenante, s’est alors imposée à notre Y pamplemoussien en quête de sens ?

Pocahontas.

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Oui, vous avez bien lu, Pocahontas.

L’amérindienne révélée au commun des bambins par Disney ;                              L’icône de la sobriété racontée par un géant du capitalisme ;
La première héroïne femme d’une lignée de princesses potiches ;
La première à questionner le prince sur ses valeurs ;
L’un des seuls emblèmes populaires de la spiritualité des chasseurs-cueilleurs dans la société de masse occidentale.

Mais pourquoi ce personnage pour enfant apparaît-il comme un exemple plausible à notre Y devenu adulte (et blasé) ?

Car derrière les tournures poétiques et imagées, on devine une liberté de ton – et de mouvement – une vision systémique et moderne du monde, un besoin d’ouverture et de connexion, qui font de Pocahontas la colonisée une pionnière de l’insoumission tranquille de tous les autres 18-35 ans de par le monde (à ce sujet, lire L’Esprit Y Surf sur le Green).

Vous n’avez surement pas oublié cette séance savoureuse où une Pocahontas puissante et volontaire mouche magnifiquement son prétendant, l’insistant John Smith, en lui expliquant le moindre détail de son aveuglement. Une battle philosophique d’anthologie imprégnée de girl power, de spiritualité amérindienne et…de bon sens économique. Magistral.

Et si, ce faisant, Pocahontas avait dessiné pour nous les contours et tendances d’un Nouveau Monde, de la nouvelle économie, celle du partage, de la création de valeur durable et de la diversité ? Avec des mots simples compréhensibles par tous que l’indienne nous guide dans la richesse de son univers : Géopolitique, Management, Sociologie, Spiritualité, Innovation, Politique, Economie, Design ; en y regardant de plus près, pas un sujet de science douce ou dure n’échappe à la démonstration poétique de notre héroïne, ancrée en musique dans nos souvenirs d’enfants.

Dans la frénésie de changement de la Saint-Sylvestre, nous avons passé au crible les paroles anglaises de l’Air du Vent pour révéler la modernité des sa vision. Prêts ? Amusez-vous à piocher vos bonnes résolutions dans l’infinité de pistes éclairées pour vous et n’hésitez pas à partager votre propre interprétation dans nos commentaires.

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croche| You think you own whatever land you land on 

| The Earth is just a dead thing you can claim

Issue d’un peuple qui célèbre la nature qui le nourrit, Pocahontas ne peut que remettre en cause le principe de privatisation des terres qui a mené les premiers sédentaires-agriculteurs à se penser en propriétaires tous puissants, en maîtres des écosystèmes, accumulateurs sans fin (alité ?) et non pas en gestionnaires raisonnables d’une planète à préserver. Plusieurs siècles plus tard, c’est pourtant ce principe de responsabilité et le devoir de ne prélever qu’en fonction de nos besoins « sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs » qui sera recommandé dans le Rapport Brundtland, texte fondateur de 1987 intitulé Notre avenir à tous. Et depuis le début du XXIe siècle, c’est bien le modèle de l’amérindienne qui s’impose dans les sociétés occidentales avec le développement de l’économie de la fonctionnalité et de l’économie du partage centrées sur la notion d’usage et non plus de possession. Pour ce qui est de la terre, ce sont des voix comme celles des ingénieurs-agronomes Bourguignon qui se font entendre, nous pressant de ne plus malmener les sols, de ne plus les transformer en support inertes et sans vie et nous révélant la préciosité des ressources invisibles sous nos pieds (voir vidéo ci-dessous).

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croche| But I know every rock and tree and creature

| Has a life, has a spirit, has a name

Pocahontas évoque la nécessité de connaître en profondeur les différentes composantes de l’environnement dans lequel nous vivons, pour pouvoir les reconnaître, les respecter et apprécier les services qu’elles rendent à l’homme. Ce qu’elle évoque, ce sont en fait les fameux services écosystémiques qui ont fait l’objet de nombreuses recherches dans les pays anglo-saxons depuis les années 2000 et l’étude Millenium Ecosystems Assessment – l’Evaluation des écosystèmes pour le millénaire commandée par l’ONU. Ces fameux services écologiques sont tous les services rendus gratuitement par la nature tels que la purification de l’air, la régulation de l’érosion, ou encore la production de nourriture ou de médicaments. Nombreuses sont les études à tenter de quantifier les dépenses que l’homme évite en n’ayant pas à fournir lui-même ces services : le PNUE évalue entre 21.000 et 72.000 milliards de dollars la valeur annuelle des « services » rendus par les écosystèmes dans le monde.

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Les 4 catégories de services écologiques ou écosystémiques———————————————————————————————————————-

croche| You think the only people who are people

| Are the people who look and think like you

Si Pocahontas donne ici une définition du racisme, elle traduit également en termes simples le danger d’un conformisme trop extrême et du manque d’ouverture. Elle décrit une peur de la différence qui s’exprime plus que jamais en temps de crispations économiques ou sociales, nous menant vers une uniformisation, non seulement des hommes, des attentes éducatives, des modes de vies, des codes vestimentaires, des cultures et de la pensée, mais également vers une uniformisation écologique dramatique – conséquence d’une diminution de la diversité écologique sous le règne de l’humain correspondant à l’ère géologique de l’Anthropocène.

Collage anthropocène

Le changement d’ère géologique et l’entrée dans l’Anthropocène ne passe pas inaperçue

Le problème sociétal qui découle de cette peur de l’originalité est un manque de créativité généralisé lié à l’étouffement des idées individuelles. Heureusement, nombreux sont aujourd’hui nos concitoyens à défendre la diversité sous toutes ses formes – culturelle, biologique, physique, sociale, génétique et bien d’autres – et à ouvrir des voies d’avenir pour ceux qui ne rentrent pas dans le cadre – on pensera notamment à l’école 42 qui est gratuite et sans obligation de diplômes – un grand nombre d’étudiants de cette école de formation numérique n’ont pas le bac.

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croche| But if you walk the footsteps of a stranger

| You’ll learn things you never knew, you never knew

Face à l’ignorance de notre ignorance, Pocahontas recommande l’ouverture à la différence et aux connaissances extérieures. Et c’est précisément cette ouverture qui est aujourd’hui appliquée à toute démarche de développement durable en entreprise qui implique le désilotage des métiers, des compétences, des niveaux hiérarchiques et des disciplines.

L’objectif ? Faire travailler ensemble des professionnels à priori éloignés, briser les fonctionnements en vase clos qui étouffent notre capacité d’innovation et encourager l’application d’une solution d’un domaine à un autre.

Suivre une piste jusqu’alors inexplorée implique évidemment une prise de risque au sens de danger. Mais Pocahontas démontre que cette prise de risque peut tout aussi bien mener vers une découverte précieuse et réhabilite ainsi la belle notion de risque positif à la source de toute innovation, que traduit bien l’expression anglo-saxonne « take a chance ». En bon risk-manager, Pocahontas nous rappelle que l’inaction n’est en aucun cas synonyme de risque zéro et que le plus grand risque de tous est précisément celui de ne jamais en prendre.

Elle indique au contraire à John Smith qu’il est dans une des cases les plus dangereuses de la matrice de gestion des connaissances telle qu’elle fut modélisée par l’auteur Michael Ward : il ne sait pas qu’il ne sait pas. Une incitation en creux à pratiquer l’amélioration continue, cette philosophie du Kaizen qui consiste à chercher à parfaire constamment ses connaissances de soi-même, du monde et des systèmes que nous avons nous même créés.


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La matrice de l’acquisition des connaissances re-visitée

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croche| Have you ever heard the wolf cry to the blue corn moon

| Or asked the grinning bobcat why he grinned?

 

Notre guide n’évoque-t-elle pas là les méthodes de design thinking ? ces techniques d’innovation transdisciplinaires conceptualisées depuis les années 50 aux Etats-Unis et qui s’invitent aujourd’hui dans les plus grandes entreprises de par le monde ? ces techniques qui mêlent analyse et intuition pour accélérer et affiner la résolution des problèmes les plus variés  – forçant ainsi les consultants à sortir de leurs bureaux pour adapter leurs recommandations aux réalités de l’utilisateur final. Eh oui, à travers ces deux interrogations, Pocahontas met bel et bien en évidence l’importance
– du questionnement,
– de l’expérience,
– de l’observation de terrain,
– et de l’écoute du besoin,
autant de principes emblématiques de la pensée créative de la mythique d.school de Standford ou de l’agence internationale de design IDEO ; une pensée tolérante et efficace qui mêle : le quantitatif et le qualitatif, l’intuitif et l’analytique, le rationnel et l’émotionnel, cerveau gauche et cerveau droit au lieu de les opposer ; une pensée de la curiosité dans laquelle toute idée est bonne à exprimer et où il est – enfin – interdit de dire « NON » a priori.


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Source :  Stratégies de design UX : Accélérer l’innovation et réduire l’incertitude, par Antoine Visonneau

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|croche Can you sing with all the voices of the mountain?

| Can you paint with all the colors of the wind?

| Can you paint with all the colors of the wind?

En questionnant notre capacité à agir de concert avec notre environnement, Pocahontas vante ici les mérites du collaboratif, de l’intelligence collective, des méthodes d’innovation fondées sur l’ouverture – c’est la fameuse open innovation, le bottom up (approche managériale qui va du bas vers le haut, fait participer les échelons inférieurs à la décision) et la co-création, tout en présentant comme un véritable défi ces nouvelles façons inclusives d’inventer l’entreprise et la société.

Dessiner l’avenir avec toutes les forces en présence n’est-il pourtant pas la clef d’un Nouveau Monde réussi ? L’école, l’hôpital, l’entreprise ou la famille de demain ne seront-ils pas d’autant plus réussis qu’ils seront construits par et pour les professeurs et les élèves, les soignants et les patients, les employés et les employeurs, les parents et les enfants ? Nombreux sont ceux à en être persuadés, comme par exemple l’économiste Michael Porter auteur de la théorie de la Shared Value qui recommande le dialogue d’une entreprise avec ses parties prenantes (clients, fournisseurs, ONG, territoires d’implantation).

Ou encore l’ex-avocat et psychologue belge Thomas d’Asembourg, expert de la communication non-violente, qui a démontré dans ses savoureux one-man shows le pouvoir de l’écoute bienveillante pour la création de relations positives et pour le développement de tout individu et en particulier des adolescents en difficulté. Citons enfin Claude Onesta, entraineur de l’équipe de France masculine de handball entre 2001 et 2016 pour qui « gagner ne vaut que si l’on progresse ensemble » et dont les méthodes de leadership transformationnel ont mené de nombreuses fois les français à la victoire. La clef ? Des objectifs élevés et inspirants, la confiance entre les membres mais surtout, l’intérêt supérieur du collectif qui n’empêche pas l’empowerment, l’autonomisation et la responsabilisation de chacun.

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Continuez à nous suivre en 2018 et ne manquez pas la suite du décryptage de Colors of the Wind. De très belles fêtes à tous !

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Happy Earthday to You

Chers amis,

Le saviez-vous ? Aujourd’hui, nous célébrons la journée de la Terre nourricière. Eh bien oui, tout comme les droits des femmes, la paix ou la protection des données, notre planète a gagné son jour en 1970, intégrant ainsi la liste VIP des sujets importants et des causes fondamentales à défendre selon l’ONU . Une consécration ? Si l’on veut, mais reste à se demander si tenir la vedette chez Google Search pendant 24h sur les 8760 que comptent une année est vraiment une bonne nouvelle pour la planète – et donc pour nous.

La traditionnelle représentation de l'ours blanc sur sa banquise, version Google 2016

La traditionnelle représentation de l’ours blanc sur sa banquise, version Google 2016

Gagner son jour de gloire dans le calendrier grégorien- lui-même établi sur la base des cycles solaires – est à double tranchant. Ce jour dédié est une façon de rendre hommage, de vénérer ou de fêter à l’échelle mondiale « un aspect important de la vie humaine » auquel l’ONU accorde de l’importance compte tenu des valeurs qu’elle prône. Mais à y regarder de plus près, la Planète se retrouve parmi des co-listiers de mauvaise augure, des groupes ou enjeux minoritaires, ceux dont ont parle rarement ou dont on parle souvent sans pour autant réussir à asseoir durablement leur valeur, ceux enfin pour lesquels on considère que 24h de publicité sont nécessaires pour compenser 364 jours d’indifférence majoritaire de la part des sociétés et citoyens.

Il est significatif et inquiétant que l’ONU ait besoin de placer la Terre nourricière dans la VIP liste des choses importantes pour l’homme, des enjeux auxquels penser ou à célébrer « au moins » un jour par an. C’est ironique aussi. Car enfin la Terre, ou la Planète, n’est-ce pas notre environnement de tous les jours et de tous les temps, l’incarnation de l’omniprésent et du quotidien de tous, l’origine de nos ressources fossiles et renouvelables, notre habitat au sens large partagé avec d’autres espèce indispensables à notre survie ?

Un renard dans une forêt magique loin des humains

Un renard dans une forêt magique loin des humains

Dès lors, célébrer la Terre le 22 avril à grand renfort de visuels nature photoshopés revient à placer sur son frigo le post-it par ailleurs fort raisonnable : « Penser à survivre », comme on placerait dans la tristesse un « Penser à manger » ou un « Penser à prendre ses médicaments » sur le frigo d’un proche malade atteint d’Alzheimer.

Survie loin de tes priorités, anxiété à la clé

C’est là que se situe tout le problème. Nous mangeons, nous nous déplaçons, nous aménageons nos lieux de vie en recherchant à la fois ce qui est le plus commode, pratique, rapide et ce qui est le meilleur ou le plus beau. A ces deux critères de satisfaction sensorielle et de commodité se rajoute un troisième qui est celui du prix et donc du volume, l’idée étant d’obtenir le plus possible à moindre coût dans l’idée de pouvoir obtenir PLUS dans le futur.

Et puis à côté, souvent a posteriori, systématiquement à la marge, nous nous posons la question : « Au fait, était-ce bon pour l’environnement, pour la nature, pour le vert, pour le green, enfin on s’entend quoi ? » – comme si une couleur pouvait à elle seule encapsuler la richesse d’une terre qui fonctionne au bleu-vert-gris de l’océan, aux orangers du soleil, au marron-noir de la terre, au vert des plantes chlorophylliennes, au rouge des coccinelles pollinisatrices, aux faisceaux violets d’avant l’invisible des ultras. Mais la question, nous nous la posons bel et bien. Dans une crise de conscience passagère mêlée d’une culpabilité qui provient de notre instinct du « contre-nature », nous nous précipitons sur le paquet et lorsque la marque consommée nous garantie  « 10% des produits de la gamme reversés au Pur Project pour planter des arbres », nous exultons.« Ouuuuf, quel citoyen modèle je suis tout de même, je savais bien qu’il ne fallait pas m’inquiéter ! ». Jusqu’à la prochaine fois, jusqu’à la prochaine consommation, jusqu’à la c(p)rise de conscience fatigante tant pour notre cerveau que pour notre cœur.

L’humain malgré lui

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Le coeur et les poumons

Le plus curieux, c’est que beaucoup d’individus des pays développés, individuellement et dans l’intimité , avouent être sensibles à « la nature » entendue comme un univers végétal, riche, merveilleux, lointains et préoccupés par la diminution des ressources naturelles qui finira bientôt par impacter leur business. Beaucoup associent cette nature perdue à l’enfance et à leur nostalgie d’une certaine liberté. Nous nous retrouvons tous dans une drôle de situation où nous nions notre attrait pour les plantes, où nous faisons taire nos besoins de fréquenter pleinement, quotidiennement, les autres espèces, où nous nous passons des grands espaces nécessaires à notre cerveau pendant des mois ou des années durant. Se représente-t-on assez combien nous manquent l’océan, la fraîcheur des ruisseaux, l’observation et le jeux des animaux, le concert des oiseaux, les odeurs âcres ou divines qui accompagnent les cycles du végétal? Certainement pas. L’humain des villes s’applique aujourd’hui à enterrer au fond de lui ses envies d’un environnement riche d’informations et de sensations, créant en lui-même un manque aussi étendu que l’environnement qu’il refoule.

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La question essentielle

Puisque qu’inconsciemment, psychologiquement et bio-physiologiquement nous percevons toute l’importance de bien gérer l’environnement que nous intégrons, ce système fait  d’organismes vivants avec lequel nous interagissons, il est étonnant que l’on soit obligés d’y consacrer consciemment, intellectuellement ou culturellement une simple journée par an ou une pauvre pensée par jour. Pourquoi avons nous tendance dans nos pensées et dans nos vies, à classer comme « à part » l’environnement qui est par définition tout autour de nous – mais aussi en nous? Pourquoi « regarder ailleurs alors que la maison brûle ? Heureusement, des scientifiques tels que le docteur Hal Hershfield de la New York University et Hye Min Bang et Elke Weber de la Columbia University ont entrepris d’éclairer ces constats de déni et de procrastination qui n’échappent à personne.

Se demander : pourquoi ?, un début de solution

Autruche qui se demande : Pourquoi?

Autruche qui se demande : Pourquoi?

Chacun peut certainement contribuer à la cause environnementale d’une façon élémentaire, en se demandant à soi-même : pourquoi ? Voici certaines des réponses que l’on recueille lorsqu’on interroge les gens qui font l’expérience de leur contradiction. Parce qu’en pratique les alternatives « environnementales » apparaissent comme moins qualitative que l’existant, parce que changer ses habitudes comportementales nous est extrêmement compliqué. Parce qu’en tant que consommateur confirmé , on pense que c’est aux autorités de nous apporter des solutions pratiques et simples, parce qu’on a l’impression que nos actions vertueuses représentent un surcoût plutôt qu’un investissement stratégique pour nous-mêmes et pour la société dont on fait partie. Enfin, et surtout, un grand nombre d’entre nous qui se présentent comme prudents partagent l’idée d’un changement nécessaire mais préfèrent ne pas être les premiers, ne pas avoir à se justifier et à se battre seul contre beaucoup d’autres, à prouver sans relâche qu’ils ne sont pas des idéalistes prêts à sacrifier performance, progrès et bien-être sur l’hôtel de la divinité pâquerette.

Adopter un nouveau point de vue

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Poser un oeil différent sur les choses

Il est dors et déjà possible de trouver des formules pour faire évoluer nos propres mentalités et de résoudre l’une des nombreuses contradictions qui font notre complexité? Commençons par redéfinir pour nous-même et par élargir notre conception de l’environnement.

Pour Pamplemousse, l’environnement n’est ni l’à coté, ni le cloisonné, ni simplement l’autour. L’environnement, c’est une partie de nous comme nous sommes une partie de lui. L’environnement, ce sont les autres êtres vivants, humains ou non, c’est à la fois l’air et la terre, c’est notre espace de travail, notre lieu de résidence, nos connexions humaines au sens des individus de notre espèce qui peuplent notre vie, les bâtiments vieux et moins vieux qui forment le bâti par les humains et avec lequel certaines espèces de l’environnement dit naturel reforment des liens astucieux au coeur même des métropoles. Notre environnement, c’est peut-être aussi le méli-mélo invisible et indispensable des ondes positives, neutres et négatives émises et captées par les humains et les machines.

Commençons à comprendre

Dès lors, nous commencerons à assimiler que si l’air est pollué, je respire moins bien, je cours moins vite, mes enfants font de l’asthme, j’ai une peau désastreuse et j’ai mal aux poumons. Nous commencerons à considérer l’idée simple que sur une planète aux ressources finies ou nécessitant un certain temps pour se renouveler, le mythe de la croissance accélérée crée des dégâts mesurables et observables au présent. Nous commencerons à assimiler que les plantes, les arbres et notamment les plus jeunes contribuent à la fois à purifier l’air et l’eau pour nous, à ravir nos sens et notre imagination et à fournir un logis à des milliards d’espèces qui veillent quant à elles à la qualité de nos sols et de notre nourriture.

Nous considérerons alors la Planète comme notre corps et le bien-être de nos esprits comme un objectif, tout en suivant la sagesse de la formule un esprit sain dans un corps sain. Alors, et alors seulement, nous ne tarderons  pas à comprendre qu’un environnement sain et des co-espèces nombreuses et en bonne forme sont les conditions sine qua non de toutes nos performances : sportives, relationnelles, économiques et financières.

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Faisons la fête

Et puisque la Terre est à l’honneur, il ne nous reste plus qu’à la célébrer pleinement ce soir, à pendre cette crémaillère annuelle comme une occasion d’inaugurer une nouvelle année riche en réflexions quotidiennes sur l’environnement et à rendre hommage aux écosystèmes qui bossent dans l’ombre le reste de l’année, eux qui ont parfois tant besoin de nos Lumières pour maintenir nos équilibres fondamentaux.

Joyeux Jourdelataire !

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10 questions à Jean-Louis Caffier: « Et cette envie de chacun peut renverser des montagnes. »

image jean louisInterview – Jean-Louis Caffier est journaliste, spécialisé sur les questions liées au développement durable. Précurseur sur le sujet, animateur de talent ayant interviewé de nombreuses personnalités emblématiques de la transition, il fait partie de ces professionnels à la curiosité créatrice qui rendent possible le dialogue sur nos enjeux de société et l’émergence de solutions d’avenir. Pamplemousse a eu une furieuse envie de vous faire connaître ce touche-à-tout inspirant, nécessairement réaliste et toujours positif et de discuter du rôle du journaliste dans l’impulsion du changement. Une voix à suivre !

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1.

Comment décrivez-vous votre job ?

Je suis un « passeur », une sorte d’intermédiaire entre des informations, ceux qui les font ou les portent et un public divers et varié, très ou pas du tout intéressé par les questions liées au développement durable et à l’environnement au sens large.

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2.

Et en quoi cela consiste-t-il ? Quel type de média(s) utilisez-vous?

Côté médias « traditionnels », j’ai principalement travaillé pour des chaînes d’information en continu. Après France Info et LCI, je suis désormais consultant environnement pour BFM TV. Je donne et surtout anime de nombreuses conférences et des colloques, ce qui est aujourd’hui mon activité principale. J’utilise parfois Linkedin et de temps en temps mon blog. J’ai monté il y a 12 ans avec le climatologue Hervé le Treut et l’ingénieur Jean-Marc Jancovici une association, EnclHume (Energie-climat-humanité-médias), qui invite chaque hiver une trentaine de journalistes à passer un week-end à la montagne pour se former sur les bases du couple climat-énergie. Je donne également des cours à l’Institut Européen du Journalisme à Paris. Je préside enfin l’association Années Lumières dans le Loiret qui organise des bars de sciences à Briare.

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3.

Comment devient-on  journaliste en développement durable ? Quelle est la « meilleure école »?

Je m’intéressais depuis longtemps au domaine scientifique. J’ai découvert la problématique du climat au moment de la création du GIEC, des COP et des premiers livres sur la question. Je me suis dit à l’époque que si les perspectives liées au climat se confirmaient, le sujet allait devenir dominant et aurait des conséquences sur toutes les activités humaines. C’est comme cela que je me suis intéressé au développement durable avec une attirance particulière pour l’environnement. La meilleure école à mon sens, en plus du travail évidemment, c’est l’ouverture totale. J’ai eu la chance de pouvoir très tôt traiter la question avec tous les acteurs, scientifiques, ingénieurs, associations, syndicats, entreprises et avec la possibilité de leur donner la parole. On sait que le DD, c’est l’économie, le social et l’environnement au même niveau et c’est pour cela d’ailleurs que c’est si difficile à appliquer. Il faut donc susciter des consensus (pas trop mous si possible !) et pour cela il faut écouter tout le monde. C’est ce que je tente de faire.

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4.

Le travail que vous faites semble essentiel à l’avancement des sujets de développement durable et à leur promotion. Etes-vous (assez) nombreux à le faire ?

Nous ne sommes vraiment pas nombreux. La plupart du temps, mes confrères et consoeurs concernés par le sujet ne traitent jamais en réalité le développement durable mais séparent les éléments, entre économie et environnement notamment. Exemple, quand un média parle de « bons chiffres » pour l’automobile, c’est parce que les ventes ont augmenté. Point. Est-ce que ces « bons chiffres de l’automobile » sont bons pour l’environnement, personne ne pose la question. Moi oui, mais bon ! Le pacte écologique de Nicolas Hulot proposait la création d’un poste de vice premier ministre chargé du développement durable. Il faudrait un poste équivalent dans les rédactions. On en est très loin.

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5.

En tant que passionné, qu’est-ce qui vous plait le plus dans les missions que vous menez ? Des exemples savoureux?

Ce qui me plait le plus, c’est franchement de constater qu’après des années et des années pour essayer de convaincre, ça bouge enfin. Pas du tout assez, c’est clair, mais enfin, ça va dans le bon sens. Il faut imaginer qu’il y a 20 ans, les journalistes qui parlaient d’environnement passaient au mieux pour des clowns un peu dérangés, au pire pour de vrais emmerdeurs. Une idée commence à germer : le durable, ce n’est pas une punition, c’est l’imagination, l’innovation, physique et comportementale, la création, la solidarité.
Exemple savoureux : quand j’ai proposé à un de mes anciens patrons de m’occuper à plein temps d’environnement, il m’a dit dans son langage coloré : « je n’ai pas d’argent à te filer à t’occuper que de ces conneries ». On s’est quitté en bons termes. Je sais qu’aujourd’hui, il sait que j’avais raison.

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6.

Quelles sont selon vous les qualités essentielles pour mener à bien ce type de missions ?

La patience, l’humilité et la motivation pour ne pas laisser un monde ingérable à mes futurs petits enfants.

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7.

Quel sont les gens et projets qui vous motivent parce qu’ils font avancer les choses ?

Il y en a dans tous les secteurs mais je place les chercheurs et les scientifiques au dessus. Ils nous aident à mieux comprendre la planète, élément essentiel si on veut la garder dans un état acceptable et gérable, ce qui n’est pas garanti aujourd’hui. Il y a bien trop peu de scientifiques dans le milieu politique qui manque forcément de recul et de hauteur (au niveau national).

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8.

Pensez vous que les jeunes aient un rôle clé à jouer dans la prise en compte des problématiques environnementales par les entreprises et les municipalités françaises ?

Je crains que les jeunes n’héritent d’un monde difficile. Et je ne parle même pas de géopolitique mais simplement d’environnement. Car c’est bien beau de parler de tout cela depuis longtemps, mais globalement, la dégradation continue : climat, biodiversité, pollutions, et j’en passe, force est de constater que la tendance lourde est toujours la même. Alors, c’est un peu difficile de dire aux jeunes de faire ce que ma génération n’a pas fait. Et pourtant, je pense qu’il n’y a pas d’autre solution que de profondément changer notre manière de vivre et de faire. C’est tout un système qu’il faut redessiner. Les jeunes peuvent s’y préparer en amenant de l’envie et du plaisir.

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9.

Comment la Cop 21 a-t-elle influencé votre travail depuis un an ?

La COP a été présente dans quasiment tout ce que j’ai fait depuis un an. Les choses se sont bien tassées en début d’année et j’ai eu peur de revivre l’après Copenhague : il ne s’était plus rien passé après. Mais depuis peu, le sujet revient. Même si les résultats de cette COP me paraissent nettement insuffisants, je suis de nouveau sollicité pour des interventions liées d’avantage à l’adaptation et à la transition.

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10.

De par votre curiosité, vous avez une vision à 360° sur les sujets du durable. Selon vous, quels sont ceux qui mobiliseront le plus la France dans les années qui viennent ?

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Je pense que le vrai sujet qui devrait s’affirmer, c’est la proximité, autrement dit la volonté d’être acteur du changement. C’est vrai notamment pour les citoyens-consommateurs et pour les collectivités locales. L’alimentation, l’énergie entre autres deviennent des sujets locaux ce qui est nouveau. Chacun doit faire sa part selon la stratégie du colibri mais ce qui est en train de changer, c’est que l’envie progresse. Et cette envie de chacun peut renverser des montagnes. Regardons comme l’économie de partage est en train de casser des vieux modèles que l’on croyait éternels. Il y a donc encore de l’espoir, mais il ne faut pas traîner.

Retrouvez les conférences et colloques animées par Jean-Louis sur son blog Kafcom.

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Léo, Mèl, EcoProd et les autres… (2/2)

Un beau sourire vert-euh, qui manquait sans elle-euh

En France, on ne peut que célébrer le couronnement aux Césars 2016 du documentaire Demain, financé via la plateforme de crowdfunding KissKissBankBank et gros succès au box-office dans sa catégorie.

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Ce projet est le fruit de la collaboration originale entre une jeune actrice, scénariste, réalisatrice touche-à-tout et un jeune scénariste, producteur, directeur d’ONG, activiste nouvelle génération, tous deux bien déterminés à nous révéler des solutions concrètes de modes de vie durables – et kiffant.

Au cours de leur épopée, ils nous font prendre un grand bol d’air à la rencontre d’inspirateurs, des gens comme nous partout dans le monde qui nous montrent que changer pour mieux est possible.

Sur le terrain, Mélanie Laurent et Cyril Dion cassent les codes du documentaire nature traditionnel réservé au club confidentiel des passionnés de la feuille, des émerveillés de l’évolution et des groupies de la copulation inter-coléoptères.

Ces anciens documentaires 0.0 ont leur utilité artistique, photographique, pédagogique, mais leurs messages simplifiants, culpabilisants et dénués de solutions applicables laissent trop souvent le spectateur de bonne volonté désemparé ou gonflé, selon les caractères.

Du coup, merci à Mélanie, à sa blondeur joyeuse et à sa curiosité de tout et merci à Cyril, à sa philosophie du Kaizen et à son expérience de Colibri, pour avoir amené plus de 800 000 français à réfléchir sans stress aux stresses écologiques, aux solutions durables et à l’innovation sociétale à travers un documentaire tour-du-monde-portrait-d’humains aussi punchy que séduisant.

Merci Mélanie, merci Eric, on vous souhaite le million d’entrées.

Et la caméra verte est attribuée à…

Coté cuisine, on se réjouit de l’initiative Ecoprod, des outils développés et de la certification mise en place pour réduire l’empreinte écologique des productions audiovisuelles françaises. Le cinéma a compris que s’il est urgent de rendre le durable glamour, il est non moins urgent de rendre le glamour durable.

Distinguer les réalisations bas carbone dans un secteur émetteur  de plus d’1 million de tonnes de CO2 par an, cela sonne comme une fort bonne idée.

Car un film, ce sont des déplacements, de l’hébergement d’équipes et de célébrités pour le tournage et la promotion, des débauches de matière, costumes, maquillage, décors rarement réutilisés et de l’énergie pour la lumière, la prise de son, l’informatique pour la pré-prod, prod, post-prod, de l’impression de scénars. Et en fin de chaîne, ce sont également des dépenses d’énergie et de matière pour la diffusion sur grand et petit écran.

Aujourd’hui, il devient essentiel de renforcer et multiplier les initiatives comme Ecoprod à l’échelle mondiale. Aux Etats-Unis, les studios prennent peu à peu conscience de l’étendue des économies en dollars que représenteraient la réduction de leur empreinte carbone, le recyclage et la valorisation des « déchets » de tournage – le cinéma est à ce jour la deuxième industrie la plus polluante de Californie…après le pétrole !!!

Mais la transition reste lente et on est loin d’une économie circulaire. Heureusement, des organisations comme la Producers Guilde of America proposent des guides sur le chemin de la production verte avec des outils très concrets de géolocalisation de fournisseurs verts en fonction de l’emplacement du tournage et des calculs de coûts bénéfices à même de convaincre les producteurs les plus rétifs.

Cela bouge aussi côté récompenses, avec le succès des Deauville Green Awards créés en 2011, festival qui compte aujourd’hui plus de  400 films en compétition.

Dans la lignée des Festivals du Film Américain et Asiatique, le Palais des Festivals invite les green réalisateurs de films documentaires, publicitaires et corporate à fouler les planches Deauvillaises pendant deux belles journées de juin, lorsque le Pays d’Auge révèle ses 50 nuances de vert et ses horizons lointains au-delà des collines. Chabadabada.

Les trophées sont de très belles pièces totem en bois brut traitées selon des techniques ancestrales japonaises. Le monde du cinéma saura t-il poursuivre tous ces efforts et mettre à niveau l’or et le végétal dans sa hiérarchie du précieux ?

Dernière réplique en mode Léo

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Léo, Mèl, EcoProd et les autres… (1/2)

Cinéma responsable – Tandis que le film de notre avenir se tourne aux quatre coins de la planète, certaines personnalités du monde du cinéma ont décidé d’utiliser leur notoriété et leurs moments d’audience pour mobiliser autour de l’urgence, des enjeux et des solutions du développement durable. Tous appellent de leurs voeux l’union de nos énergies et de nos intelligences. Pamplemousse avait envie de leur dire merci et de relayer leurs discours pour que, finalement, le développement durable ne se traite pas en post-prod.

Léovation

Il y a objectivement de nombreuses raisons de dire merci à Léo.

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Merci d’avoir pris le risque d’interpréter l’enfant différent de Gilbert Grape, notre roi capricieux et son jumeau fictif dans L’homme au masque de fer, l’indic’ insolent des Infiltrés; merci d’avoir empêché Kate la sublime de mourir d’hydrocution à deux reprises ; merci de nous avoir fait courir après et avec toi, dans Roméo+Juliette, The Basketball diaries et l’haletant Catch me if you can; mille fois merci d’avoir incarné l’extravagance prodigue d’un Howard Hughes Aviator pressé de vivre et d’inventer, solitaire dans ses passions et jusqu’au boutiste ; merci encore d’être revenu, déjà Revenant, en journaliste idéaliste dénonciateur des Blood Diamond(s) quand on te croyait définitivement lassé des écrans.

Mais s’il y a un remerciement à t’adresser aujourd’hui Léo, c’est bien pour ton discours sans ambiguïté délivré à réception d’un Oscar tant attendu.

Merci de scander ces quelques mots :

« Climate Change

is real,

it is happening right now,

it is the most urgent threat facing our entire species,

and we need to work collectively together

and stop procrastinating »

dans un pays où les climato-sceptiques sont légion et freinent les investissements nécessaires au changement, faute d’opposants super-puissants et d’orateurs hors pair à même de porter les messages haut et loin par la force de leur image – no offense to the amazing experts du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), mais à l’heure qu’il est, le résultat du sondage d’opinion

Qui suivriez sur une île déserte?

a) Leonardo DiCaprio
b) un expert du GIEC

reste plus ou moins évident.

Merci à toi Léo de reformuler clairement nos questions de société et d’humanité – Qui suivriez sur une île déserte confrontée à la montée des eaux? – et d’ouvrir ainsi la voie à de nouvelles réponses qui ne demandent plus que l’investissement pour pouvoir se déployer.

Merci de consacrer 45 secondes de tes 2min30s de gloire à un message que tant défendent, dans l’anonymat, au quotidien, tels des maquisards de notre environnement.

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Merci dans la foulée de produire et de prêter ton image à des documentaires comme La 11e heure, le dernier virage. Ta présence sur fond de bamboos kitschissimes donne de la visibilité à d’autres personnalités incroyables, souvent inconnues du grand public et pourtant leaders du futur, scientifiques, biologistes, environnementalistes, psychologues, économistes.

Au-delà du travail de sensibilisation, merci d’utiliser ton image pour lever des fonds pour les projets socio-environnementaux, d’investir une partie de ton improbable fortune dans l’économie green – certains diront « c’est normal, il peut bien », mais pourtant non, beaucoup ne le font pas – et de donner les moyens concrets au déploiement de solutions de marché telles que Rubicon Global, le « Uber des déchets ».

Cette philanthropie active qui permet de passer du simple don à l’impact investing et de la charité à l’activisme est une voie de réflexion importante que tu ouvres pour le secteur très compétitif de la philanthropie d’acteurs.

Merci Léo.

Patchwork d’art intelligent

Diapositive1Lorsque les mots manquent pour expliquer l’urgence de l’action durable, le recours à toute autre forme d’expression et de créativité se révèle essentiel. Schémas, images, rimes, anecdotes, cartoons, courts-métrages nous aident alors à comprendre et à assimiler les enjeux environnement aux et sociaux par le biais du sensible, de l’humour, du visuel.

Pour le citoyen lambda, la photo de Bansky dit plus sur le réchauffement climatique que les précieux rapports et prédictions de montées des eaux délivrés par le GIEC (Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat). Le monde virtuel d’Avatar nous raconte mieux la déconnection des valeurs d’économie et d’écologie évoquée par André Comte-Sponville que n’importe quel Que sais-je ? sur le développement durable. Les infographies originales du britannique David McCandless font délicieusement appel à notre intelligence visuelle pour décrypter le monde, ses proportions et ses (dés)équilibres.

Face à l’urgence, les créateurs de tous poils sont de plus en plus nombreux à s’attaquer à la communication des enjeux de développement durable. Ravie de cette évolution, l’équipe de Pamplemousse a sélectionné pour vous une série d’œuvres et événements incontournables :

  • Pour l’Exposition Universelle de Milan, 145 pays ont répondu au défi de la FAO (Food & Agriculture Organization) : représenter le thème Nourrir la planète, énergie pour la vie à travers la création d’espaces thématiques, d’installations et d’oeuvres architecturales. Le bâtiment territoire, pavillon français réalisé par l’agence d’architecture XTU et autres résultats savoureux de l’exposition internationale sont à découvrir jusqu’en novembre 2015.
  • L’initiative du brésilien Vik Muniz, présentée dans le documentaire Wasteland, de la poubelle au musée. Dans ses clichés, l’artiste militant met en scène des travailleurs des vastes champs de déchets de la banlieue de Rio de Janeiro;  chacun interprète un personnage de tableau célèbre avant de disposer les bouchons de bouteilles récupérés pendant sa journée de fouille sur la photo projetée en grand écran sur le sol d’un hangar. Bouchon après bouchon, chaque personne se redécouvre acteur du monde, réapprend son visage et le respect de lui-même. Un projet très riche qui mêle enjeux d’identité, de fierté et de sensibilisation aux conséquences du tout jetable et de l’hyper-consommation.
  • Présenté en clôture du festival de Cannes 2015, La Glace et le Ciel est un documentaire de Luc Jaquet qui retrace l’aventure du glaciologue Claude Lorius, ému aux larmes le soir de la projection du travail d’une vie qui en sauvera tant d’autres par les découvertes accomplies.
  • En 2015, le concours Atkins CIWEM Environmental Photographer of the Year, également organisé par la Royal Geographical Society, rassemblait des photos de sensibilisation pure sur l’état de la planète. Bonne nouvelle : votre smart phone peut devenir votre meilleur allié pour ce type d’action durable.

Le land art, l’infographie, la chanson (Respire de Mickey 3D ou Foule Sentimentale de Souchon), l’écodesign, la BD… pas un mode d’expression artistique existant ou émergeant qui ne s’empare de nos sujets fondamentaux.

Au-delà des initiatives professionnelles, le développement durable offre des problématiques désignées pour les artistes amateurs, l’engagement citoyen, l’avènement du top-down et la créativité individuelle. Aussi avons-nous mis 4 croqueurs amateurs au défi de nous aider à traduire un message extrait de notre premier post :

 » Nous sommes tous assis sur la même branche, celle-ci est en train de rompre sous le poids de nos choix. Tout le monde est en danger de chute. Pour autant, certains décident d’arrêter de scier notre branche pour réparer et ramifier tandis que d’autres continuent aveuglement de scier. « 

Le résultat ? Une collection de dessins aussi personnels et divers que la vision de leurs auteurs. Laissons parler les crayons et à tous les contributeurs présents et futurs : great job !

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Si vous aussi vous souhaitez voir vos dessins de sensibilisation postés sur Pamplemousse G., n’hésitez pas à envoyer vos croquis à pamplemousseg@gmail.com.

 

Happy-Hippies2

Le développement durable n’est pas…

– « Le développement durable c’est un TRUC de hippies, de bobos des villes, de stars en mal de bonnes causes »
– « Ah oui, je vois très bien, ceux qui veulent  sauver le monde en t’expliquant comment vivre, comment bosser ; bientôt ils nous diront comment respirer! » 
– « En tous cas MOI, LEUR développement durable, je n’y comprends rien et c’est certainement pas ÇA qui va faire entrer les sous !

STOOOP………stop. Pas de panique.  On s’assoit. Et on respire. Maintenant, si nous dépassions nos craintes et nos idées vagues pour se poser une question, une seule : et si le développement durable n’était pas ce que j’ai toujours pensé ?
À tous ceux qui s’interrogent en ce sens, Pamplemousse débarque pour vous. Ce blog est le fruit d’une ÉNORME envie de rassurer, d’expliquer, de partager les réalités POSITIVES et FUN du développement durable comme projet de GÉNÉRATION, de société, d’entreprise.
Et c’est avec cet exercice de définition que nous nous lançons aujourd’hui devant vous, pour vous et nous l’espérons, avec vous.

    1) Le développement durable n’est pas… qu’une question environnementale. 

À qui ce point s’adresse-t-il ? À pratiquement tout le monde, excepté aux quelques professionnels du développement durable (espèce hybride et mutante évoluant aux 4 coins de la planète).

En effet, les problèmes environnementaux créés par l’homme sont à l’origine du concept de développement durable. L’environnement, c’est notre cadre de vie perçu comme paysages de mer, de forêts, de montagnes ; mais c’est aussi les ressources et la nourriture que nous consommons, l’air que nous respirons, la source de l’énergie qui fait tourner nos iPhones, nos voitures, nos ordinateurs, notre matériel médical. En cela, la dégradation de notre écosystème (pollution de l’air, raréfaction des ressources et des territoires habitables, continents de déchets…) a un impact sur notre quotidien et sur nos modèles économiques qui dépendent de sa bonne santé. Parce que les systèmes environnemental (mon jardin, mon parc, ma plante verte), social (ma santé, ma sécurité, mon bien-être), économique (mon compte bancaire) et même culturel (ma philosophie et mes goûts) sont imbriqués, le développement durable est une discipline transversale et un projet de société global.

    2) Le développement durable n’est pas… incompréhensible.

À qui ? À mes grands-parents, mes parents ou mes collègues – et aux vôtres – qui cherchent pourtant à comprendre.

Multifacette, pluridisciplinaire, non-immediat, soit. Mais certainement pas incompréhensible. C’est même très simple quand on y pense : nous consommons toujours plus de ressources que la terre n’en a  à offrir et produisons plus de déchets que la terre ne peut en assimiler. Alors forcément, les promesses pour demain s’épuisent et nous circulons à contresens du vrai progrès, celui qui a une valeur sociale.  Le plus dur pour nous tous, c’est d’identifier ce qui est durable. Ensuite, agir en conscience devient évident, instinctif et gratifiant. Conserver les surplus à la fin d’un repas, faire des économies d’énergie dans son entreprise, se déplacer à vélo pour son propre bien-être : la plupart d’entre nous a déjà des pratiques durables sans le savoir. 

    3) Le développement durable n’est pas… inutile. 

À qui ? À ceux qui pensent que ça ne sert à rien car il est déjà trop tard.

Évidemment, les problèmes sont d’une telle ampleur et d’une telle urgence que l’on peut se sentir découragé, refuser de les voir ou de changer. Mais à coeur vaillant rien d’impossible. Le développement durable deviendra inutile le jour où ses problématiques n’existeront plus. C’est à cela que notre génération devra travailler : à rendre le concept de développement durable obsolète. Soyons pascaliens dans notre démarche et prenons le pari, sinon quoi, on s’assoit et on se lamente? Pour chacun d’entre nous, la recherche de solutions pratiques n’a-t-elle pas mille fois plus de panache que la résignation a priori?  Soit, on avance à sauts de puce. Mais en conjuguant nos sauts de puces, dans tous les métiers et à tous les âges, on arrivera sans conteste à relever le défi. Le développement durable c’est une multitude de  changements à petite échelle pour un impact à grande échelle.

    4) Le développement durable n’est pas… une contrainte.

À qui ? À ceux qui ont peur du changement et rechignent à investir.

Ce n’est pas le développement durable qui est contraignant, ce sont les problématiques qu’il cherche à résoudre. Par exemple, si vous n’entretenez pas votre machine à laver et qu’elle se met à fuir, il faut appeler le plombier et régler la note. Pour autant, est-ce l’intervention du plombier qui est contraignante ou bien le fait d’avoir une fuite dans sa machine à laver? Continuer à utiliser la machine qui fuit (comme nous le faisons actuellement), n’est-il pas bien plus couteux que la réparation ou la substitution par un engin plus efficace? Ceux qui embrassent le changement et commencent à investir dans les solutions durables font dès aujourd’hui des économies, gagnent en confiance face aux risques et développent de nouvelles idées à succès. Les investisseurs éclairés d’aujourd’hui sont les gagnants de demain. Le développement durable est une formidable opportunité de faire mieux avec moins et pour plus longtemps.

    5) Le développement durable n’est pas… profondément barbant. 

À qui ? À tous ceux qui sont à la recherche d’un job qui ait du sens.

Certes, les brochures moralisatrices de votre mairie de quartier et les rapports d’entreprises énumérant leurs bonnes actions sur 200 pages ont un fort potentiel soporifique. Complètement déconnectée de vos envies, de votre réalité, de votre imaginaire, l’image du développement durable a besoin d’être décoiffée et glamourisée pour révéler sa nature rock n’roll. Vraiment besoin. Parce qu’il n’est pas ennuyeux d’aller chercher chaque jour de nouvelles idées et technologies pour faire mieux, plus malin et plus beau. Il n’est pas ennuyeux de réinventer ce qui ne marche pas et d’améliorer ce qui fonctionne.  Il n’est pas ennuyeux de re-customiser les savoir-faire d’hier en mode vintage du bon sens. Le développement durable, c’est l’art de la connexion et de la créativité, deux choses qui a priori ne font pas défaut à notre génération d’actifs !

    6) Le développement durable n’est pas… réservé aux idéalistes et aux écolos.

À qui ? À ceux qui se sentent résolument non concernés ou impuissants pour agir.

Mais pourquoi donc refuser de scier la branche sur laquelle nous sommes assis serait-il plus moral que pragmatique ? Voyons plutôt les choses ainsi : nous sommes tous assis sur la même branche, celle-ci est en train de rompre sous le poids de nos choix. Tout le monde est en danger de chute. Pour autant, certains décident d’arrêter de scier notre branche pour réparer et ramifier tandis que d’autres continuent aveuglement de scier. C’est ce manque d’engagement collectif qui promet un future incompréhensible, inutile et profondément barbant. Alors à nos outils, à nos cerveaux, à notre imagination ! COMPTABLE ET FINANCIERS, sans vous, pas de valeur perçue ni créée. INGÉNIEURS ingénieux, il y a tout un monde bâti à ré-inventer. JOURNALISTES, ÉCRIVAINS, que d’enquêtes à mener et de sujets fondamentaux à relayer au quotidien ! ARTISTES, créateurs de tous poils, vous serez l’impulsion et la voix sensible du changement culturel. ARTISANS, PROFESSEURS, JARDINIERS, ÉLUS, CUISINIERS, PARENTS, SCIENTIFIQUES… personne ne saura mieux que vous comment améliorer les choses, à votre échelle et dans votre domaine. Pamplemousse soutient le développement durable pour tous.

Développement durable : on pourrait chercher sans fin la définition exacte du concept.
Au lieu de cela, nous vous proposons d’embarquer à bord de Pamplemousse pour EXPLORER, post après post, les IDÉES et les PROJETS d’une génération émergente, animée par la logique de durabilité dans ses modes de penser, de travailler, de bouger et de se divertir. Partons sans tarder à la découverte des fameuses solutions innovantes et des GENS enthousiastes qui construisent une réalité qui redonne envie d’espérer ! À la semaine prochaine.