Resolutions

Pocahontas parlait du Nouveau Monde (1/2)

A l’orée de la nouvelle année, nombre d’entre nous cherchent à dessiner à coup de grandes et petites résolutions le mode de vie vertueux de leur année à venir. Motivant dans le principe, l’exercice des bonnes résolutions est pour certains un véritable casse-tête – et en particulier pour les représentants de la génération Y, ces 18-35 ans hyper-connectés, hyper-informés, hyper sollicités.

Animés par une intarissable quête de sens en réaction à une civilisation humaine qui marche sur la tête, « condamnés à trouver du sens dans ce non-sens » pour reprendre les mots du rappeur Gaël Faye, les Y manquent pourtant bien souvent de modèles inspirants, de repères clairs et d’un guide bienveillant pour redessiner les contours d’un monde désirable dans lequel lui et les siens pourraient (sur)vivre.

 

 « Je fais partie de ces jeunes-là qui ont grandi sans un modèle ». 
                                                                                                                                       Gaël Faye, Slowoperations

 

Il leur appartient dès lors de se remonter les manches pour décider quelle direction prendre. Mais par où commencer pour dessiner ce Nouveau Monde de 2018 ? Pamplemousse s’est lancé pour vous à la recherche d’une boussole, revêtant sans difficulté le costume d’un Y qui cherche ce qui le fait vibrer, ce qui le fait rêver, ce qui a suscité ses élans bien avant Demain, le film (dont nous ventions les mérites dans Léo, Mèl, Ecoprod et les autres…), bien avant la mode du Do it yourself, bien bien avant les smoothies détox, le yoga paddle et les écolodges.

Et quelle image inspirante, surprenante, s’est alors imposée à notre Y pamplemoussien en quête de sens ?

Pocahontas.

pocahontas

Oui, vous avez bien lu, Pocahontas.

L’amérindienne révélée au commun des bambins par Disney ;                              L’icône de la sobriété racontée par un géant du capitalisme ;
La première héroïne femme d’une lignée de princesses potiches ;
La première à questionner le prince sur ses valeurs ;
L’un des seuls emblèmes populaires de la spiritualité des chasseurs-cueilleurs dans la société de masse occidentale.

Mais pourquoi ce personnage pour enfant apparaît-il comme un exemple plausible à notre Y devenu adulte (et blasé) ?

Car derrière les tournures poétiques et imagées, on devine une liberté de ton – et de mouvement – une vision systémique et moderne du monde, un besoin d’ouverture et de connexion, qui font de Pocahontas la colonisée une pionnière de l’insoumission tranquille de tous les autres 18-35 ans de par le monde (à ce sujet, lire L’Esprit Y Surf sur le Green).

Vous n’avez surement pas oublié cette séance savoureuse où une Pocahontas puissante et volontaire mouche magnifiquement son prétendant, l’insistant John Smith, en lui expliquant le moindre détail de son aveuglement. Une battle philosophique d’anthologie imprégnée de girl power, de spiritualité amérindienne et…de bon sens économique. Magistral.

Et si, ce faisant, Pocahontas avait dessiné pour nous les contours et tendances d’un Nouveau Monde, de la nouvelle économie, celle du partage, de la création de valeur durable et de la diversité ? Avec des mots simples compréhensibles par tous que l’indienne nous guide dans la richesse de son univers : Géopolitique, Management, Sociologie, Spiritualité, Innovation, Politique, Economie, Design ; en y regardant de plus près, pas un sujet de science douce ou dure n’échappe à la démonstration poétique de notre héroïne, ancrée en musique dans nos souvenirs d’enfants.

Dans la frénésie de changement de la Saint-Sylvestre, nous avons passé au crible les paroles anglaises de l’Air du Vent pour révéler la modernité des sa vision. Prêts ? Amusez-vous à piocher vos bonnes résolutions dans l’infinité de pistes éclairées pour vous et n’hésitez pas à partager votre propre interprétation dans nos commentaires.

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croche| You think you own whatever land you land on 

| The Earth is just a dead thing you can claim

Issue d’un peuple qui célèbre la nature qui le nourrit, Pocahontas ne peut que remettre en cause le principe de privatisation des terres qui a mené les premiers sédentaires-agriculteurs à se penser en propriétaires tous puissants, en maîtres des écosystèmes, accumulateurs sans fin (alité ?) et non pas en gestionnaires raisonnables d’une planète à préserver. Plusieurs siècles plus tard, c’est pourtant ce principe de responsabilité et le devoir de ne prélever qu’en fonction de nos besoins « sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs » qui sera recommandé dans le Rapport Brundtland, texte fondateur de 1987 intitulé Notre avenir à tous. Et depuis le début du XXIe siècle, c’est bien le modèle de l’amérindienne qui s’impose dans les sociétés occidentales avec le développement de l’économie de la fonctionnalité et de l’économie du partage centrées sur la notion d’usage et non plus de possession. Pour ce qui est de la terre, ce sont des voix comme celles des ingénieurs-agronomes Bourguignon qui se font entendre, nous pressant de ne plus malmener les sols, de ne plus les transformer en support inertes et sans vie et nous révélant la préciosité des ressources invisibles sous nos pieds (voir vidéo ci-dessous).

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croche| But I know every rock and tree and creature

| Has a life, has a spirit, has a name

Pocahontas évoque la nécessité de connaître en profondeur les différentes composantes de l’environnement dans lequel nous vivons, pour pouvoir les reconnaître, les respecter et apprécier les services qu’elles rendent à l’homme. Ce qu’elle évoque, ce sont en fait les fameux services écosystémiques qui ont fait l’objet de nombreuses recherches dans les pays anglo-saxons depuis les années 2000 et l’étude Millenium Ecosystems Assessment – l’Evaluation des écosystèmes pour le millénaire commandée par l’ONU. Ces fameux services écologiques sont tous les services rendus gratuitement par la nature tels que la purification de l’air, la régulation de l’érosion, ou encore la production de nourriture ou de médicaments. Nombreuses sont les études à tenter de quantifier les dépenses que l’homme évite en n’ayant pas à fournir lui-même ces services : le PNUE évalue entre 21.000 et 72.000 milliards de dollars la valeur annuelle des « services » rendus par les écosystèmes dans le monde.

ecosystem_fr

Les 4 catégories de services écologiques ou écosystémiques———————————————————————————————————————-

croche| You think the only people who are people

| Are the people who look and think like you

Si Pocahontas donne ici une définition du racisme, elle traduit également en termes simples le danger d’un conformisme trop extrême et du manque d’ouverture. Elle décrit une peur de la différence qui s’exprime plus que jamais en temps de crispations économiques ou sociales, nous menant vers une uniformisation, non seulement des hommes, des attentes éducatives, des modes de vies, des codes vestimentaires, des cultures et de la pensée, mais également vers une uniformisation écologique dramatique – conséquence d’une diminution de la diversité écologique sous le règne de l’humain correspondant à l’ère géologique de l’Anthropocène.

Collage anthropocène

Le changement d’ère géologique et l’entrée dans l’Anthropocène ne passe pas inaperçue

Le problème sociétal qui découle de cette peur de l’originalité est un manque de créativité généralisé lié à l’étouffement des idées individuelles. Heureusement, nombreux sont aujourd’hui nos concitoyens à défendre la diversité sous toutes ses formes – culturelle, biologique, physique, sociale, génétique et bien d’autres – et à ouvrir des voies d’avenir pour ceux qui ne rentrent pas dans le cadre – on pensera notamment à l’école 42 qui est gratuite et sans obligation de diplômes – un grand nombre d’étudiants de cette école de formation numérique n’ont pas le bac.

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croche| But if you walk the footsteps of a stranger

| You’ll learn things you never knew, you never knew

Face à l’ignorance de notre ignorance, Pocahontas recommande l’ouverture à la différence et aux connaissances extérieures. Et c’est précisément cette ouverture qui est aujourd’hui appliquée à toute démarche de développement durable en entreprise qui implique le désilotage des métiers, des compétences, des niveaux hiérarchiques et des disciplines.

L’objectif ? Faire travailler ensemble des professionnels à priori éloignés, briser les fonctionnements en vase clos qui étouffent notre capacité d’innovation et encourager l’application d’une solution d’un domaine à un autre.

Suivre une piste jusqu’alors inexplorée implique évidemment une prise de risque au sens de danger. Mais Pocahontas démontre que cette prise de risque peut tout aussi bien mener vers une découverte précieuse et réhabilite ainsi la belle notion de risque positif à la source de toute innovation, que traduit bien l’expression anglo-saxonne « take a chance ». En bon risk-manager, Pocahontas nous rappelle que l’inaction n’est en aucun cas synonyme de risque zéro et que le plus grand risque de tous est précisément celui de ne jamais en prendre.

Elle indique au contraire à John Smith qu’il est dans une des cases les plus dangereuses de la matrice de gestion des connaissances telle qu’elle fut modélisée par l’auteur Michael Ward : il ne sait pas qu’il ne sait pas. Une incitation en creux à pratiquer l’amélioration continue, cette philosophie du Kaizen qui consiste à chercher à parfaire constamment ses connaissances de soi-même, du monde et des systèmes que nous avons nous même créés.


matrice knowledge

La matrice de l’acquisition des connaissances re-visitée

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croche| Have you ever heard the wolf cry to the blue corn moon

| Or asked the grinning bobcat why he grinned?

 

Notre guide n’évoque-t-elle pas là les méthodes de design thinking ? ces techniques d’innovation transdisciplinaires conceptualisées depuis les années 50 aux Etats-Unis et qui s’invitent aujourd’hui dans les plus grandes entreprises de par le monde ? ces techniques qui mêlent analyse et intuition pour accélérer et affiner la résolution des problèmes les plus variés  – forçant ainsi les consultants à sortir de leurs bureaux pour adapter leurs recommandations aux réalités de l’utilisateur final. Eh oui, à travers ces deux interrogations, Pocahontas met bel et bien en évidence l’importance
– du questionnement,
– de l’expérience,
– de l’observation de terrain,
– et de l’écoute du besoin,
autant de principes emblématiques de la pensée créative de la mythique d.school de Standford ou de l’agence internationale de design IDEO ; une pensée tolérante et efficace qui mêle : le quantitatif et le qualitatif, l’intuitif et l’analytique, le rationnel et l’émotionnel, cerveau gauche et cerveau droit au lieu de les opposer ; une pensée de la curiosité dans laquelle toute idée est bonne à exprimer et où il est – enfin – interdit de dire « NON » a priori.


Design

Source :  Stratégies de design UX : Accélérer l’innovation et réduire l’incertitude, par Antoine Visonneau

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|croche Can you sing with all the voices of the mountain?

| Can you paint with all the colors of the wind?

| Can you paint with all the colors of the wind?

En questionnant notre capacité à agir de concert avec notre environnement, Pocahontas vante ici les mérites du collaboratif, de l’intelligence collective, des méthodes d’innovation fondées sur l’ouverture – c’est la fameuse open innovation, le bottom up (approche managériale qui va du bas vers le haut, fait participer les échelons inférieurs à la décision) et la co-création, tout en présentant comme un véritable défi ces nouvelles façons inclusives d’inventer l’entreprise et la société.

Dessiner l’avenir avec toutes les forces en présence n’est-il pourtant pas la clef d’un Nouveau Monde réussi ? L’école, l’hôpital, l’entreprise ou la famille de demain ne seront-ils pas d’autant plus réussis qu’ils seront construits par et pour les professeurs et les élèves, les soignants et les patients, les employés et les employeurs, les parents et les enfants ? Nombreux sont ceux à en être persuadés, comme par exemple l’économiste Michael Porter auteur de la théorie de la Shared Value qui recommande le dialogue d’une entreprise avec ses parties prenantes (clients, fournisseurs, ONG, territoires d’implantation).

Ou encore l’ex-avocat et psychologue belge Thomas d’Asembourg, expert de la communication non-violente, qui a démontré dans ses savoureux one-man shows le pouvoir de l’écoute bienveillante pour la création de relations positives et pour le développement de tout individu et en particulier des adolescents en difficulté. Citons enfin Claude Onesta, entraineur de l’équipe de France masculine de handball entre 2001 et 2016 pour qui « gagner ne vaut que si l’on progresse ensemble » et dont les méthodes de leadership transformationnel ont mené de nombreuses fois les français à la victoire. La clef ? Des objectifs élevés et inspirants, la confiance entre les membres mais surtout, l’intérêt supérieur du collectif qui n’empêche pas l’empowerment, l’autonomisation et la responsabilisation de chacun.

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Continuez à nous suivre en 2018 et ne manquez pas la suite du décryptage de Colors of the Wind. De très belles fêtes à tous !

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